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Roux-Fazillac

  • ROUX-FAZILLAC, représentant en mission et le Comité de Salut public

 

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J’ai repris ici les lettres de Roux-Fazillac, puis celles de Lakanal au Comité de Salut public. Deux ouvrages les référencent. Pour le premier H. LACAPE, Le Conventionnel Roux-Fazillac,Bordeaux, Bière, 1957. L’ouvrage a le mérite d’évoquer les étapes de la longue vie de ce militaire d’Ancien Régime, décoré de la croix de Saint-Louis, qui faillit accompagner La Fayette en Amérique et s’illustra aussi par ses recherches sur l’énigme du Masque de fer. Contrairement à ce qu’écrit Lassaigne il n’était pas noble et se défendit toujours avec vigueur de l’être ! Pour Lakanal, il faut se reporter en restant sur ses gardes à H LABROUE, cité ci-dessous

Arrivé le 10 septembre 1793 avec la mission d'effectuer la levée en masse en Dordogne et en Charente inférieure, Pierre Roux-Fazillac dispose des pouvoirs très étendus des représentants en mission qui en font les agents de l'exécution locale du Comité de salut public avec lequel ils correspondent plus ou moins régulièrement. Durant son séjour de 4 mois ( il part à la mi-janvier soit fin nivôse) il expédia ainsi une douzaine de lettres qui figurent dans la publication qu'en a fait Aulard et dont j’ai tenté ici une étude thématique.

 1 - Une conception du pouvoir : faire du représentant en mission un préfet avant la lettre

Roux-Fazilac n'a cessé au cours d'une présence qu'il a prolongée autant qu'il l'a pu, de souligner l'importance du rôle des représentants. Dans sa lettre du 23 novembre, il souligne ce rôle. Curieusement c'est pour mettre en évidence les forces de résistances locales alors même que s'est instituée la Terreur."Vous savez que les décrets de la Convention nationale restent trop longtemps sans exécution". Le représentant en mission qui en est l'instrument fonctionne donc d'abord comme une menace: "Ma présence, même si je restais inactif ne laisserait pas de produire quelques effets »(lisons qu'il s'absente et ses décrets devienne lettre morte.) Et évoquant son "proconsulat (il en écrit le terme), il souligne son idéal "un député montagnard dans chaque département, faisant marcher la Révolution sous les ordres du Comité de saut public avancerait le terme de la Révolution de six mois". D'autant que le 19 frimaire (11 décembre) il se plaint de nouveau de l'inefficacité du pouvoir central. Et de réclamer un comité d'exécution qui vérifierait l'action des ministres et l'application des lois trop souvent inopérantes. Une autre façon de réinventer le droit de censure de l'Assemblée nationale quand le comité de salut public s'est arrogé tous les pouvoirs.

Un pouvoir autoritaire et le rôle des comités

Sur quels rouages une telle administration peut-elle reposer? Le fondement de l'action est le peuple légal, celui des sans-culottes que rassemblent les sociétés populaires, constamment "régénérées" c'est-à-dire épurées. On le voit bien pour celle de Périgueux qui connaît trois épurations successives. C'est dans celles-ci qu'est puisé le personnel (en général 12 membres) des comités de salut public ou comités de surveillance ou comités révolutionnaires). Ils sont le bras séculier du représentant qui, on le voit dans l'arrêté qui fonde celui de Périgueux (voir ci-dessus) ont des pouvoirs très étendus pour autant qu'ils lui rendent compte. Ce pouvoir est d'abord celui d'être les instruments locaux de la Terreur. D'où les propos qu'il tient sur celui de Nontron dans sa lettre du 11 frimaire qui montrent les limites du système. Ce comité a laissé s’échapper l'ancien procureur syndic du département, Moreau-Saint-Martial. D'où la nécessite de casser ce comité. "« A qui peut-on se livrer avec confiance si ce n'est à des comités révolutionnaires formés par des sociétés populaires ?" En somme ce minimum de délégation est encore facteur d'incertitude. D'où une nouvelle fois sa conviction, au moment où s'invente la loi du 14 frimaire sur le gouvernement révolutionnaire "qu'un représentant soit établi à poste fixe dans chaque département et agisse sous les ordres du Comité de salut public". Le représentant a aussi besoin d'hommes sûrs pour mener à bien cette tâche. A Périgueux deux hommes lui paraissent devoir ses meilleurs adjoints, Duroc et Chrétien et préserver son oeuvre dans le département (cité ci-dessus). Ces comités ont aussi pour mission d'épurer les administrations et éventuellement comme c'est le cas pour Périgueux de les "défédéraliser" ce à quoi le représentant en mission est tout particulièrement attaché pour homogénéiser le personnel politique et écarter les élus suspects.

Ambitions ou ivresse du pouvoir ?

Ce sont "ses petites affaires révolutionnaires" "Dans un mois la mendicité sera détruite et les travaux publics en activité c'est là le motif qui vous a engagés et déterminés à m'envoyer au chef lieu de ce département. J'ai jugé, en effet, au premier aspect, que des réformes étaient là nécessaires et je vais y procéder avec la fermeté dont je puis être capable. Dans un mois l'instruction publique sera organisée. Dans un mois tous les châteaux (et on ne fait pas ici un pas sans en rencontrer) seront démolis. Dans un mois tous les gendarmes revenus des armées de ce département seront réorganisés" Et de conclure:" qu'en faisant beaucoup de choses dans le jour, on en laisse malgré soi beaucoup à faire" . Le 21 frimaire (11 décembre) on voit figurer aux registres du comité de salut public périgourdin la liste des administrateurs examinés: après ceux du Département, ceux du district (avec des appréciations très favorables pour ces derniers qui ne surprennent guère compte-tenu de la place qui tiennent depuis 1793 les Montagnards) , la municipalité de Périgueux où le maire Vincent déjà dénoncé par Chrétien était sommé de choisir entre sa fonction municipale et celle de trésorier payeur: il était jugé digne d'être continué s'il abandonnait cette fonction, ce qu'il fit. On examina les juges et le tribunal de district.

Des distances avec Paris

Pour définir ce pouvoir, il faut aussi en voir les limites. Curieusement, alors que Pinet s'est empressé d'exécuter le décret qui mettait fin au mandat des représentants dans leur propre département, Roux a insisté pour la prolongation du sien et quand il doit enfin quitter la Dordogne il souligne la légitimité de son maintien. Dans sa lettre du 23 nivôse (12 janvier), alors qu'un décret du 9 nivôse l'avait chargé de l'organisation du gouvernement révolutionnaire en Corrèze et dans le Puy -de -Dôme, il ne fait qu’entrevoir son départ de manière conditionnelle " je pourrai rejoindre mon poste si toutefois les troubles occasionnés par le fanatisme ne me retiennent pas ici", il se défend d'être infidèle aux lois « Le décret qui nous interdit d'exercer dans nos départements est postérieur à celui-là ( qui le nommait pour la levée en masse) ; il n'a donc pu porter que sur les députés envoyés subséquemment en commission ; autrement, chacun de nous étant alors à ses fonctions, il se serait fait un mouvement qui eût été nuisible à la chose publique. J'affirme qu'il ne m'est jamais venu le moindre doute à cet égard". Et de citer l'exemple de plusieurs de ses collègues et de leur efficacité.

C'est bien un des traits de Roux-Fazillac de conserver une marge d'action et d'avoir son opinion. Critique envers la commission des Trois (Donnez donc un coup de fouet à cette commission »note-t-il en post scriptum à sa lettre du 12 frimaire) qui gère les subsistances, il finit par estimer que le vrai remède à une pénurie politiquement périlleuse serait le retour à la paix a « pourvu qu'elle pût se concilier avec la majesté nationale ? » Le plaidoyer pour la paix repose sur l'idée que les soldats »qui ont vaincu même sans entendre la messe,de retour dans leurs familles les défanatiseraient...La paix amènerait aussi dans nos ports les vaisseaux et les denrées de toutes les nations en abondance". On sait par le destin des Indulgents quelques semaines plus tard ce qu’une telle opinion pouvait coûter !

2 - Les relations avec Lakanal : une fraternité compliquée

Arrivé le 21 brumaire (11 novembre) avec comme mission la levée des chevaux sur plusieurs départements du Sud-ouest, Lakanal établit sa résidence à Bergerac. Il se trouva assez vite en concurrence avec Roux sur le sujet de la manufacture. Celle-ci était devenue son grand objectif depuis qu'il s'était exclamé: "Un mot et je fonde à Bergerac une manufacture sans rien coûter à l'Etat ». A l'Etat peut-être !M ais Lakanal prit un arrêté en frimaire où il demandait à chaque district de lever 50.000 livres sur les riches. Or à l'issue de la réunion du 12 frimaire (2 décembre) Roux avait lancé sur le département et répercuté sur les district la levée d'un impôt d'un million. Et le 14 frimaire lorsque le Comité de salut public annonçait le création de la manufacture et mandatait Lakanal pour la réaliser de Bergerac et réclamant au département les moyens , Roux-Fazillac demanda que la délibération du Conseil général fût suspendue sur cet arrêté jusqu'à ce qu'il se soit concerté avec Lakanal. Le 19 frimaire (9 décembre), Roux-Fazillac déplorait "Faute de nous être concertés, Lakanal et moi, nous avons un peu épouvanté les districts"

Une certaine idée du département et des manufactures

Cette affaire fut pour lui l’occasion d’exposer son regard sur la Dordogne et ses diversités. Pour lui son collègue ignorait qu’"il existe, en général, entre les chefs-lieux de district une grande rivalité...Cette disposition des esprits étant connue, il est difficile de croire qu'on persuadera aisément les communes éloignées de 10,15, 20 lieues qu'une manufacture d'armes dût les intéresser ". Mais il restait pour le moment prudent tout en soulignant l'urgence de la question de la pauvreté et proposait de se rencontrer "Si nous nous abouchions, nous ferions plus nous-mêmes en deux heures qu'en un mois par la médiation de personnes intéressées". Mais il terminait en insistant sur les insurmontables difficultés du projet Lakanal. Il avait, lui, un projet bien plus réaliste et efficace à partir de l'atelier de Périgueux fondé par Lacoste au printemps. Quand le Comité en apprit l’existence il tonna, annonçant "sa surprise de n'avoir pas été instruit plus tôt de la fonderie de canon établie à Périgueux et, surtout, son refus de principe : il ne voulait pas d'établissement d'armes de plusieurs natures dans un même département pour éviter tout moyen d'isolement et de fédéraliser" . Comme à l'accoutumée, Roux ne s'en formalisa guère : il précisait le jour même où était parvenu cet avertissement que cet établissement "était peu de choses" "tout s'y fait à bras" .En somme celui-là ne coûtait rien aux autres districts et loin de projeter de la fermer, il se proposait d'un réorganiser la production sur des bases qu'il précisait et étendait le 29 frimaire (19 décembre).

Pour mémoire, ajoutons que Lakanal revint à la charge après le départ de Roux-Fazillac. Le 5 ventôse, Lakanal somma, pour la deuxième et dernière fois le département de verser la somme de 500 000 livres. Face à quoi le directoire se déroba : depuis le 26 frimaire il ne levait plus de taxe et donc n'avait rien en caisse. Il accepta tout de même de renvoyer au district la demande ! Quant à la manufacture de Périgueux, Peyssard en prit bientôt la défense sollicité par le comité qui lui demandait du soutien auprès de la Convention car la majeure partie des ouvriers avait été transférée à Bergerac "qui ne peut fournir d'armes avant un an" Et il était optimiste, la suite le montra !

La puissance du verbe

Agissant le plus souvent à pas comptés, Roux- Fazillac n'était pas indemne des moments d'exaltation. Ainsi s'exclamait-il le 14 frimaire: "Dans un mois la mendicité sera détruite et les travaux publics en activité... Dans un mois l'instruction publique sera organisée. (les ateliers de charité faisant le lien entre les deux). « Dans un mois tous les châteaux (et on ne fait pas ici un pas sans en rencontrer )seront démolis. Dans un mois tous les gendarmes revenus des armées de ce département seront réorganisés" Et de conclure:" qu'en faisant beaucoup de choses dans le jour, on en laisse malgré soi beaucoup à faire" . Certes !

L'exagération prend aussi d'autres formes. Roux-Fazillac qui a engagé la récupération des objets précieux dans les églises se plaint d'être envahi par l'or et l'argent et n'avoir pas assez d'assignats. Le 3 nivôse, (23 décembre) on atteignait des sommets il affirmait »Si j’avais voulu en faire grand étalage j'aurais fait un convoi qui eut tenu une demi-lieue de long" Une théorie de plus de deux kilomètres de charroi ! Et une abondance nuisible puisque personne ne voulait d’autre mode de paiement que les assignats.En somme, à l'inverse de la loi, la bonne monnaie chassait la mauvaise. Le cours des assignats donnait d'autres informations

II - L'oeuvre de Roux-Fazillac

Evoquer un bilan pour une présence aussi limitée pose un problème. Mais ce ne serait que se placer sur le même plan que le représentant en mission. Au moins peut-on évoquer les domaines d'action.

On put d'abord se demander ce qu'il en fut pour la question de la conscription qui motiva son envoi. En fait, il le souligna à plusieurs reprises, rien n'avait été fait à son arrivée. Mais la question n'occupe pas un rôle majeur dans ses lettres. La conscription est freinée, il le souligne, par la question des subsistances et le manque d’armes. Pour les premières, elle conditionne le rassemblement des recrues au district où il faut évidemment les nourrir en même temps qu’on les instruit. D'où la limite fixée à 60 hommes si l'on ne peut faire plus. Et il faut aussi se préoccuper des semailles. On se modela sur la formule de rotation inventée par Excideuil : faire venir aux districts les recrues par canton à mesure de l'avancement des ensemencements.

Sur le plan intérieur, la sécurité attira l’attention sur la destruction des châteaux. Roux-Fazillac s’y engagea au nom de la destruction des inégalités et de la réparation des torts infligés au peuple. Pourtant, Il ne semble pas que l'objectif fût tout à fait prioritaire pour lui mais il écouta les sollicitations qui débouchèrent sur un arrêté pris en Conseil d'administration du département le 27 frimaire (17 décembre) qui en des termes particuliers évoquait le démantèlement de toute l'architecture de défense de ces bâtiments : tours, merlons, pont-levis. Ce fut avec des résultats limités que j'évoque dans les Actes du colloque de la Fédération historique du Sud-Ouest de 2019. Deux districts, Ribérac et Belvès mirent en oeuvre le projet faisant un inventaire des objets à détruire et prévoyant les moyens. Deux ou trois dizaines de châteaux en souffrirent, deux ou trois comme Sainte-Alvère furent rasés. Lakanal avait fait un peu mieux sans être à la hauteur de la réputation qu’on lui prête. En fait la destruction des châteaux devait servir d'outils pédagogique : réalisée le dimanche elle aurait ainsi produit une oeuvre bien plus spectaculaire que celle des "jongleurs" au cours de leur messe. On y reviendra

L’action sociale

Deux actions sociales ont beaucoup préoccupé Roux: la lutte contre la pauvreté et l'instruction.

La lutte contre la pauvreté passait d'abord par une meilleure solidarité entre les départements en termes de subsistances, question qui relevait sur le plan national de la Commission des Trois. Sur le secours aux pauvres à proprement parler, l’instrument révolutionnaire devait être l’impôt sur les riches, d’abord inciviques puis qui concerna les riches patriotes quand les bourses des premiers seront épuisées.

On ne peut en mesurer les résultats: le 12 frimaire (2décembre), Roux-Fazillac se plaignait "Depuis deux mois le décret qui abolit la mendicité est rendu et cependant les pauvres remplissent encore les rues et les chemins." Il se faisait fort, après avoir réuni les autorités constituées le lendemain, d'avoir résolu le problème sous un mois. Il le faisait d'ailleurs avec un brin d'ironie, comparant l'efficacité de ses méthodes à celles de la commission "Peut-être dans Paris sous les yeux de la Convention ne seront-ils pas (les décrets) exécutés dans six mois". Le 19 frimaire, la situation ne semblait guère avoir avancé. Le 25 le comité de salut public périgourdin publiait son budget: il avait perçu 36 taxes pour 61000 livres ce qui voulait dire qu'il n'avait pas atteint son quota dans le budget d'un million. Mais pesait sur ce budgets de lourdes indemnités réglées aux boulangers qui représentaient plus de moitié des 37216 livres dépensées. Quant aux "menues dépenses accordées aux indigents elles atteignaient 10% du montant des sommes perçues de ce budget" et 16% de celles qu'on avait dépensées. Il est vrai que les subventions aux boulangers permettaient de maintenir le pain à un prix plus accessible, tant il est vrai que pour se procurer du blé les boulangers avaient peut-être dû consentir des achats bien au-dessus du maximum. Reste que ces sommes provenaient de dons antérieurs et prirent un autre chemin "Au moment j'ai tout préparé pour l'exécution de cette grande mesure de salut public ...je vois que la Convention nationale ordonne que tous ces fonds seront transportés à la trésorerie nationale "

L'autre préoccupation fondamentale de Roux-Fazillac était l'école. C'est un souci qu'il avait déjà manifesté dans la précédente législature. Là encore des raisons politiques pesaient sur ce choix : éclairé, le peuple s'éloignerait naturellement de l'Eglise. Mais le souci de les faire accéder aux lumières était bien vivant chez lui : "C'est en vain qu'on aurait consacré le principe d'égalité des droits si tous les citoyens ne pouvaient acquérir les mêmes connaissances". Il y revint à plusieurs reprises et les délibérations du comité de salut public le montrent se faisant entourer de ses membres pour donner plus de solennité aux ouvertures d’écoles. Il semble bien en tout cas que, pour Périgueux, on disposait d'un réseau qui faisait de l’école un droit au point que les habitants de Saint-Georges demandent l'ouverture d'un établissement plus proche que celui auquel on les envoyait en centre ville. Hélas ! les moyens ne suivent guère : l'instituteur Bardon vint se plaindre devant le comité de salut public le 5 frimaire que « beaucoup d'élèves ne pouvaient se procurer de livres, pas même d'encre et de papier par l'affreuse indigence qui accable leurs parents". En revanche Roux Fazillac estimait que « l'instruction publique plait beaucoup aux ruraux »

III - La question religieuse

Lacape, dans sa courte biographie ( mais exhaustive en ce qui concerne la publication des documents sur le conventionnel) fait de l'anticléricalisme la marque de fabrique de l'action du représentant en mission. Il est vrai que ce domaine tient une place essentielle dans les lettres qu'il envoie au Comité de salut public.

A Périgueux, dès septembre les questions religieuses sont bien présentes a la société populaire et suscitent de vifs débats entre ceux qui trouvent qu'elles tiennent trop de place, notamment dans les cérémonies funèbres et ceux pour qui c'est une manière normale d'honorer les morts et qui se plaignent des attaques multiples contre la religion. Deux approches de la question se succèdent durant le dernier trimestre 1794 : abjuration et mariage des prêtres.

Dès septembre Gilles-Lagrange propose qu'on ne salarie plus que les prêtres qui auront convolé. C'est dans ce climat qu'on apprend qu'à Paris, Pontard s'est marié et Villefumade propose qu'à son retour les autorités aillent à sa rencontre pour saluer cette attaque contre le fanatisme. Quand Roux-Fazillac rentre à la mi-frimaire et se félicite du recul de la religion ("la philosophie révolutionnaire doit voir avec plaisir dans ce pays autrefois dominé par le fanatisme, l'empire des prêtres n'a pas survécu à celui des rois" écrit-il le 23 frimaire. Or c'est le lendemain de la première abjuration au district d'un prêtre en l’occurrence le vicaire-général Espic, membre en vue de la société populaire, qui vient annoncer son intention de quitter la « secte belzébuthique ». Le lien entre le début des abjurations et la présence de Roux-Fazillac n'est surement pas le fait du hasard. Aucune initiative déchristianisatrice n'a été prise par le gouvernement et elle relève des revendications des groupes hébertistes parisiens comme le souligne Michel Vovelle dans Révolution et religion : la déchristianisation de l’An II. Le retour de Pontard qui présentait "une épouse jeune et tendre, vertueuse, pétrie de patriotisme qui entretiendra mes vertus républicaines" au Département le 25 brumaire(15 novembre) n'y contribua pas peu d'autant qu'il accompagna son geste d'un discours de théologie politique tel qu'il les aimait, mêlant l'Evangile aux vertus républicaines.

En même temps Roux-Fazillac engagea l'offensive déchristianisatrice. Ainsi fut célébrée la fête de Marat et le Pelletier avec quelques manifestations qui gâchaient un peu les réjouissances puisque, déplore le département, on piétina des arrêtés. Mais Roux la décrivait comme "simple et majestueuse, une montagne simple et escarpée était la seule décoration. Le Pelletier et Marat la gravissaient pour aller couronner la liberté et, dans leur marche, ils succombaient sous le fer des assassins. La fête s'est terminée par un feu de joie dans lequel immensité de titres féodaux a été réduite en cendre" ce qui dut soulever l'enthousiasme des ruraux qui s'étaient rendus à Périgueux. Le 19 frimaire (9 décembre) il proposait pour donner du sens au décadi pour "éloigner les citoyens aux moins par les voies de la douceur de leurs travaux ordinaires". de développer un programme de bals publics "les femmes aristocrates même s'y sont rendues et plus par crainte sans doute que par amour de l'égalité, elles se sont humanisées jusqu'à danser avec de véritables sans-culottes". Cette offensive antireligieuse prend une dimension plus massive avec la rafle des objets sacrés dans les églises. Nous avons vu comment il tentait d'en décrire les résultats. De son côté, le comité s'engageait dans une campagne de proscription des croix, les remplaçant par des arbres de la liberté de sorte que, comme sur la place de la liberté à Périgueux, le 1°frimaire « l arbre verdoyant de la liberté se substituait à celui pourri de la croix ». Le 6 frimaire, devant le comité de salut public, Pontard annonçait son intention de rendre désormais publiques et plus multiples les instructions civiques qu'à chaque décade il donnerait aux bons laboureurs et demande une aide pour les dépenses qu'il en résultait.

Le mouvement des abjurations de prêtres produisit un flux continu jusqu'à la fin de frimaire puis s'espaça. Il représenta une quarantaine de cas. Il sera intéressant d'analyser les formules employées pour prononcer l'abjuration. Certains firent un autodafé de leurs lettres de prêtrise. On reste un peu surpris devant la tonalité de certaines formules. On évoque une rupture avec le fanatisme comme le curé de Valeuil qui dépose son titre" Monument de mon esclavage que m'avait donné un suppôt du fanatisme », ou le curé de Belaygue jurant « haine éternelle au fanatisme ». D'autres vont très loin comme Boucherie membre de longue date des jacobins qui vient témoigner des horreurs du fanatisme. L'ancien vicaire épiscopal Gombaud vient jurer "qu'il proscrivait tout culte qui ne pourrait se maintenir que par la fureur et le carnage. D'autres, moins violents, voyaient dans l'abdication une manière de poursuivre l'oeuvre républicaine à laquelle ils disaient s'être attachés dans leur ministère. C'était notamment le cas de ceux qui étaient entrés dans le sacerdoce avec Pontard. On reste assez étonné de voir comment d'ex-religieux viennent évoquer leur «  ancien esclavage ». Que l'on songe à ce qu'avaient connus les studieux chanceladais.

En fait il n'est pas sûr qu'il faille accorder à ces déclarations un crédit excessif. Les prêtres qui viennent devant le Département emploient les expressions puisées dans ce qu'on peut appeler le vocabulaire jacobin, quelques uns par conviction et beaucoup parce qu'ils disent ce qu' on souhaite entendre d'eux. Les plus virulents ne sont-ils pas ceux qui, une fois couverts par leur abjuration, poursuivirent de manière plus ou moins clandestinement leur ministère?

Un relatif échec et un changement de stratégie

En fait, le représentant en mission porta vite sur la déprêtrisation un regard dubitatif. Il s'en expliquait dans sa lettre du 27 frimaire (17 décembre) alors qu'on entrait dans le temps de Noël. Après avoir regretté que "l'esprit public marche ici avec beaucoup de lenteur". Il distinguait les "prêtres fanatiques et intéressés", soit les insermentés dont moitié d'entre eux avait pris les chemins de l'exil en Espagne soit 200 sur les quatre cent qui s'étaient abstenus du serment. Louis Grillon a étudié leur situation. Les autres étaient sujets à déportation d'abord puis depuis la loi du 30 vendémiaire (20 octobre) devaient venir se présenter devant le Département et risquaient s'ils ne le faisaient pas la peine de mort comme le montrent les jugements du tribunal criminel. Ils furent d'abord emprisonnés à la maison Notre-Dame. Mais il en restait entre 100 et 150 qui se cachaient et que les communes protégeaient et Roux-Fazillac estimait qu'"ils faisaient plus de mal que n'ont fait de bien les hypocrites qui ont renoncé à leurs fonctions"..

Le contexte national et son évolution posaient en effet de vrais problèmes. On sait que Robespierre, adversaire de la déchristianisation exagérée que promouvaient les hébertistes, s'était exprimé aux Jacobins sur ce sujet dès le 1°frimaire (21 novembre)et réclamé la liberté des cultes. Le 16 frimaire (6 décembre), la Convention s’y résolvait dans un décret solennel. Et la nouvelle s'en était diffusée à une vitesse surprenante. Désormais des paroisses commençaient à s'en réclamer pour redemander leur curé tandis que "des curés restés à leur fonction (les assermentés non abdicataires) attirent à leur messe le dimanche les crédules habitants des campagnes dans lesquelles il n'y a plus de curés. Avec le principe de la liberté des cultes, il est difficile de s'y opposer ouvertement". Et son attitude était donc de prendre un recul..attentif : "tous les prêtres n'ayant pas abdiqué ,il serait plus heureux qu'aucun n'ait abdiqué". Selon lui, les abdicataires vivaient dans le regret. D'où son stratagème : disposer des moyens de la corruption "Je choisirai ceux d'entre eux qui ont le plus d'influence et je vous assure d'avance que, toujours mus par leur intérêt personnel, ils serviront mieux qu'autres la philosophie et la raison" En même temps, il dégainait une nouvelles arme pédagogique, très peu classique celle-là: "le sort en est jeté, tous les châteaux-forts vont tomber ici sous le marteau des habitants des campagnes ; ces travaux commenceront un jour de dimanche. Dans le parti que j'ai pris j'ai moins examiné l'influence que ces petites forteresses pouvaient avoir sur notre liberté qui est aujourd'hui bien assurée que l'effet politique qui peut en résulter et la diversion que ces travaux" et il y revenait le 3 nivôse.

 On était le jour du « ci-devant Noël » et la fête coïncidant avec la diffusion de la nouvelle loi sur les cultes. Ce fut une période d'effervescence. A partir du 6 nivôse (28 décembre)le comité révolutionnaire de Périgueux commença à enregistrer une série de troubles qui devaient se poursuivre jusqu'à la fin de ventôse. Trente affaires vinrent ainsi devant lui concernant plus de vingt paroisses du district de Périgueux, soit un bon tiers d'entre elles, prenant parfois une telle ampleur qu'il fallut, comme à Bourdeilles, déployer une troupe conséquente. Il s'agissait évidemment de questions de messes hors-la-loi, du décadi et des jours de fête chrétienne mais aussi de l'empêchement à proclamer des lois dès lors qu'elles risquaient porter sur les questions religieuses. Les femmes étaient au premier rang, allant jusqu'à la voie de fait. A Sarliac, elles furent accusées d'avoir battu le maire, ailleurs c'étaient des jets de pierre, tantôt la ruse mais toujours avec une détermination. Les hommes sont éventuellement là pour protéger, voire encourager mais toujours au second rang et, quoiqu’on en ait, peu capables d’instrumentaliser leurs conjointes qui n’en avaient pas besoin !

Une telle situation n'avait pas échappé à Roux-Fazillac Au lendemain de Noël, dans la lettre du 7 nivôse (27 décembre) la question religieuse revient au centre des préoccupations. D'abord pour regretter que le décret sur la liberté de culte voté par la Convention début décembre, ait interrompu la première vague d'abdication » et crée la confusion et "la jalousie entre les paroisses" et opposé constitutionnels abdicataires et non-abdicataires. Surtout "avant même sa proclamation la liberté de culte « a été répandue ds les campagnes avec la rapidité de l'éclair " créant un mouvement d'effervescence dangereux et d'agitation de l »'aristocratie » (en fait ceux qui s’opposaient aux mesures à l’heure où les nobles n’étaient plus guère nombreux) qui « trompe le peuple au point de lui faire demander pour curés des prêtres réfractaires" Et quel spectacle affligeant que celui de Noël « Par un mauvais temps, par de très mauvais chemins des habitants des campagnes qui n'ont plus de curés ont fait 3 lieues (12 à 15 kilomètres) pour aller à la messe de minuit dans les paroisses voisines ».

Une « crise sacerdotale » ?

Face aux troubles, contre lesquels le comité révolutionnaire de la ville a agi, Roux-Fazillac évoque l'inanité de la méthode de force pour en sortir. Et il est vrai que le comité révolutionnaire de Périgueux a pris le parti d’une certaine modération contre ceux et celles qui sont, pour lui, d’abord victimes de leur faiblesse d’esprit. Le programme qu'expose le représentant vise d'abord à un contrôle plus strict des abdicataires qu'on ne doit pas laisser dans leur ancienne paroisse mais rassembler sous les yeux des autorités au chef-lieu de district et se concerter avec lui pour constituer une sorte de comité de surveillance particulier. Mais seule la Convention dont l'autorité est respectée doit édicter les mesures. Et il est temps: "Prévenez les maux que semble préparer la crise sacerdotale dans laquelle se trouve ce département". Pour y parvenir, d’abord mettre fin au régime particulier dont bénéficie la religion catholique : ne plus salarier aucun culte et ne lui laisser ni église, ni presbytère. Rassurer les prêtres qui ont abandonné leurs fonctions et les nantir d'un capital qui puisse leur permettre d'acquérir des domaines nationaux. En somme en faire de paisibles agriculteurs "et je ne doute pas qu'avec ces mesures simples vous n'éteignez le feu du fanatisme qui semble vouloir s'allumer dans ce département"

La lettre du 14 nivôse (3 janvier 1794) se veut sur ce point rassurante : "les troubles causés par le fanatisme sont un peu dissipés » La mise en résidence des prêtres au chef lieu de district, doit apaiser le climat. Le ton a d'ailleurs changé "L'avis général a été qu'il ne fallait rien forcer, qu'il fallait parler au peuple avec douceur. Avec les prêtres aussi : « J'en ai ici une demi-douzaine qui viennent me voir de temps en temps et nous causons fort amicalement ensemble. Si je voulais les en croire, ils seraient les meilleurs missionnaires qu'on pût envoyer dans les campagnes". Mais ce sont évidemment les instituteurs sur lesquels compte le représentant pour distribuer "un petit cours de philosophie et de morale".

Reste qu'au delà de cet apaisement, il continue à réclamer des mesures urgentes d'autant qu'il y a des risques de contagion venus du Limousin « Vite je vous prie des mesures grandes et générales" en attendant lesquelles il poursuivra sa politique de douceur. Au moment de son départ Roux-Fazillac prit une sorte de mesure d'amnistie espérant calmer les troubles qui se multipliaient. Ainsi furent renvoyés des villes les prêtres qui y étaient en résidence forcée après avoir été réunis, le 4 pluviôse (23 janvier) «  pour conférer avec eux sur le troubles religieux ". Le représentant du peuple après avoir pris plusieurs renseignements les déclara libres de se retirer où bon leur semblait et sous la surveillance du comité révolutionnaire de l'arrondissement qu'ils choisiraient pour habiter. Il demandait de ne plus en envoyer. On voit donc que, jusqu'au dernier moment et...au-delà, il se préoccupa d’une question dont il avait affirmé que son règlement conditionnerait son départ.

Au total, que conclure sur cette action religieuse. Athée de conviction comme il était républicain, après avoir tenté de développer un programme radical, il fut bien obligé d’opter pour le réalisme que lui imposaient les faits, avec la conviction, réelle ou feinte, que ce serait, à long terme, l'instruction qui ferait triompher du « fanatisme ». Très méprisant avec les prêtres qu’il estimait hypocrites et cupides, il pariait sur la fragilité de leur conviction et leur besoin de pouvoirs. Il finit par tenter de négocier avec eux plutôt que d'en faire des martyrs à la cause desquels s'attacheraient les campagnes. Finalement son évolution n'est si éloignée que celle d'un Pipaud des Granges, athée comme lui mais qui après les attaques violentes de 1791 chercha à trouver un terrain d'entente. Finalement l'idée de liberté religieuse pourvu qu'on ne favorise pas l'Eglise catholique ne leur paraissait pas une mauvaise solution tout en ne faiblissant pas contre ceux qui prendraient une attitude de combat. L’idée de séparation des églises et de l’Etat serait proclamée quelques mois plus tard par les hommes de l’An III .

Finalement, il restera un événement qui devait beaucoup noircir la mémoire de Roux-Fazillac : c'est l'exécution du conventionnel girondin Yzarn de Valady (16 frimaire-6 décembre 1793). Celui-ci avait erré depuis Caen et avait gagné le Bordelais où il comptait rejoindre son Aveyron natal. Il fut arrêté dans la Double et déguisa son identité. Mais il fut reconnu par Roux-Fazillac qui le dénonça pour être jugé révolutionnairement. Est-ce la jeunesse, la figure angélique de la victime. Le procès Valady souleva une émotion générale et même l'attendrissement des juges selon Roux–Fazillac (voir ci-dessus). C'était le signe d'un patriotisme encore bien fragile ! On ne voit pas bien quel autre choix pouvait avoir le conventionnel dans l'état d'esprit où l'on se trouvait en pleine Terreur : traiter un girondin comme collègue était beaucoup trop demander à un montagnard.

 

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Une ville sous la Terreur : Montignac

Montignac 1793

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Nous disposons essentiellement de deux types de sources très centrées sur la vie politique : celles du Comité de surveillance qui se met en place en mars 1793 et dont les deux registres couvrent la période printemps 1793-printemps 1794 ; celle de la Société populaire, conservée aux Archives départementales, de l’automne 1793 à la chute de Robespierre. Elles ont été, on le sait transcrites par E. le Roy. Nous avons opté pour l’édition qu’il en a faite qui n’a pas que l’intérêt de gagner du temps. Elle permet aussi une double entrée tant les commentaires de l’auteur de Jacquou le Croquant sont révélateurs sur l’auteur et la lecture qui pouvait être faite des événements par un républicain un siècle plus tard.

I - L’Organisation de la société populaire

1-l’organisation interne

C’est en pleine période de Terreur et alors que le comité révolutionnaire a été entièrement renouvelé que la société populaire semble sortir d’une relative routine pour devenir un véritable acteur révolutionnaire, fort d’un nombre d’adhérents constitué d’environ 80 membres comme l’indique la liste figurant sur le registre.

En fait, comme le rappelle Eugène le Roy dans sa transcription, il existait depuis 1790 une société fondée probablement par les hommes du 19 juillet que l’on appellerait bientôt « les patriotes de 1789 ». Elle comptait une trentaine de membres parmi lesquels dominaient le groupe des artisans (11 membres) et où les agriculteurs constituaient le 2°groupe où l’on distinguait cultivateurs (3) et simples travailleurs de terre. C’est dire que l’élément populaire y était majoritaire. Il est vrai qu’on notait rapidement l’entrée de quatre nouveaux hommes de loi et du maître de forge Festugière. Le groupe hommes de loi-professions médicales comptait seulement 7 membres et les marchands 3. La société s’était étoffé pour atteindre quatre-vingt membres le 4 janvier 1791 quand les membres s’adressèrent à Sarlat pour devenir une Société des Amis de la Constitution et s’affilier à celle de l’ancienne capitale de la sénéchaussée. Nous savons que, de son côté, Lacoste était membre de la société de Périgueux. Puis ce fut la mise en sommeil.

Le 4 frimaire An II (24 novembre 1793) alors que, nous l’avons vu, le comité révolutionnaire venait d’être renouvelé et que la Terreur était à l’ordre du jour, la Société des Amis de la Constitution devenue la Société des Amis de la liberté et de l’égalité selon une évolution classique. Selon le registre, elle « stagnait » alors, « bornée à la lecture des nouvelles ». Elle se constitua en société délibérante autour de 11 membres. Un des proches de Elie Lacoste et lui aussi médecin, Mournaud, en devenait le président, Mérilhou et Sorbier les secrétaires. Le programme de ces hommes était de se placer dans l’action révolutionnaire : « Le but de la Société est de propager l’esprit public, d’éclairer le peuple, de déjouer ses ennemis, de démasquer les complots d’affermir la liberté et les liens de fraternité » Et elle affichait sa devise « Vive la République, honneur à la Montagne. Périssent les traitre, les fédéralistes, les aristocrates et les fanatiques. »

Dès le 6 frimaire, la société se dotait d’un règlement qui instituait sa permanence, c’est-à-dire une réunion quotidienne. Deux articles à relever : l’article 8 stipulait que le président siégeait coiffé du bonnet rouge et la pique à la main. Les citoyens ont la même liberté quant au bonnet rouge. L’article 16 fixe le droit d’entrée à 3 livres et celui de la cotisation mensuelle à 30 sols. Des tarifs très bas et qui ressemblaient plus à une contribution volontaire des plus aisés que « les sans culottes indigents payent de leur patriotisme ». Les adhésions sont nombreuses. Les nouveaux membres doivent répondre aux deux questions du « questionnaire jacobin »« Qu’étais tu en 1789 ? Qu’as-tu fait pour la Révolution ». Nous ne savons pas à quel rythme fut acquis le chiffre de quatre-vingt membres. On note deux mentions de l’arrivée des nouveaux membres : 12 le 8 nivôse II (28 décembre) ; « un grand nombre de citoyens impatients de faire partie de la société «  le 21 nivôse (10 janvier). Probablement les membres de l’ancienne société furent-ils admis de fait, les questions rituelles revenant aux membres extérieurs. Il est considéré dans le cours des délibérations qu’aucune décision ne peut être prise à moins de trente présents ce qui était un chiffre non négligeable et que Périgueux n’atteignait pas toujours. L’absentéisme et la confusion étaient les deux maux qui affectaient les réunions. D’où les rappels à l’ordre, l’obligation de prendre rang pour parler et de le faire debout. Quant à l’absentéisme il est souvent dénoncé et atteint en prairial (juin 1794) son sommet puisque le 2 prairial (21 mai) « l’assemblée se trouvant déserte on lève la séance » et plusieurs membres proposent de limiter le nombre des séances à quatre par décades, concession à la permanence qui ne fut jamais retenue. Le ton monte d’ailleurs à mesure que l’assistance décroît : le 2 messidor (20 juin) il est proclamé de « purger les insouciants qui par leur négligence mettent parfois la société dans l’impossibilité de délibérer ».

Les séances s’ouvraient sur le chant d’un hymne patriotique. Il n’est pas précisé lequel. En revanche, certains étaient composés par des adhérents. Ainsi de la composition de Joubert (pas le philosophe qui avait évolué à l’opposé et était d’ailleurs reparti) ou celle de Chabannes, les strophes de la première étant reproduites. Un élan patriotique semble régner que rythment les annonces de victoire en cet hiver 1793-94 où la situation se retourne en faveur de la France sur tous les fronts. Probablement évitait-on les sujets qui fâchent, notamment la Vendée pour laquelle ne sont avancées que des victoires au point de proclamer le 4 pluviôse (23 janvier) que « les ennemis ont disparu du sol de la liberté ». Il est vrai qu’on était au lendemain de la fameuse proclamation du général Westerman « Il n’y a plus de Vendée. Je viens de l’enterrer dans les marais de Savenay ». Cet élan s’accompagna, notamment en frimaire et nivôse de dons pour les soldats.

Pour donner plus de continuité à son action, la société se dota de commissions. Certaines devaient avoir un caractère temporaire dont la fameuse commission des Douze pour l’épuration ou celle des six. D’autres étaient instituées. Ainsi le 14 prairial (8 juin) décide-t-on de ramener à trois le nombre des commissions et d’en décider la permanence. Elles concernent surveillance, correspondance et instruction publique. Mais la plupart de ces commissions semblent connaître le sort commun de l’inefficacité : les procès-verbaux multiples soulignent l’exaspération des membres devant leur absence de résultats.

Au cœur de la vie de la société se trouve le mécanisme de l’épuration. Mis à l’ordre du jour le 2 nivose (22 décembre) par Roux- Fazillac, elle est conduite par douze membres élus qui sont le noyau dur de la société, celui qui fournit les présidents. Reste que, pour que celle-ci fût assez radicale, certains demandèrent très vite que les douze épurateurs fussent à leur tour épurés (9 nivôse-29 décembre). On attendit la deuxième vague d’épuration, le 30 pluviose (18 janvier), motivée par le fait qu’il restait « des citoyens froids et égoïstes ». Une nouvelle commission des Douze fut élue. Préalablement épurée avec succès le 2 ventôse (20 février), elle put se mette au travail

Notons enfin l’échec d’une timide tentative pour introduire les femmes le 14 germinal (3 avril). Le refus, motivé par le manque d’empressement durable des intéressées à rejoindre la société. Décision qui plait beaucoup à Eugène le Roy qui voit dans l’opposant « un citoyen qui fit preuve d’esprit et la société de bon sens »

2 - Le cadre géopolitique

Nous l’avons vu, la société de Montignac se présentait comme une filiale de celle de Sarlat. Elle souhaitait aller plus loin et être affiliée aux Jacobins de Paris (26 nivôse 15 janvier)): elle demanda alors à Périgueux et Sarlat d’attester de son affiliation à leur société. Sarlat y répondit avec empressement, nonobstant le fait que le registre qui devait faire preuve fût perdu. Périgueux éluda : jamais elle n’avait reçu de demande d’affiliation des Montignacois.

Ces démarches ne doivent en rien donner le sentiment de mauvaises relations avec Périgueux où siégeait habituellement Roux-Fazillac. Celui-ci est surtout présent en brumaire et nivôse lorsqu’il est question du brûlement des titres féodaux et la destruction des châteaux-forts. Grand fut l’empressement pour décréter la destruction de celui de Montignac jusqu’à ce qu’un des membres rappelle qu’il contenait des prisonniers et surtout des vivres ! La capitale du département envoya, au cœur de la crise entre la société populaire et le comité révolutionnaire, Duroc, le chef de la garde nationale de Périgueux qui se félicita de l’entente à Montignac où n’existaient de divisions qu’entre patriotes et aristocrates (13 germinal-2 avril). et quand il s’agit de manifester sa solidarité sur le ravitaillement, Périgueux accepta d’enthousiasme provoquant une réponse tout aussi fraternelle : « En resserrant les liens de l’amitié qui nous unissent avec nos frères de Périgueux. S’ils doivent manquer de subsistances, il faut que nous en manquions nous-mêmes autant ». On mesure à cette déclaration la différence d’état d’esprit sur les réquisitions entre la population très réticente et accusée d’égoïsme et les membres des sociétés

Sur un plan plus local, il apparaît que les relations sont très resserrées avec le Bugue. C’est là d’ailleurs que les condamnés de Montignac étaient emprisonnés. La petite ville s’inquiéta des relations entre société populaire et comité de surveillance en prenant le parti de cette dernière. Tout autres furent les relations avec Thenon. Ce chef- lieu de canton avait pourtant été une des cités les plus en pointe sur le plan politique. Les suspicions de Montignac à propos de Lathoumétie que Thenon, dont il était un élu, défendit bec et ongles, furent au centre de ces relations difficiles.

Les petites communes étaient placées sous la protection du chef-lieu de district. Ainsi le 28 pluviôse (8 février) note-t-on des attroupements dans l’une d’entre elles et « les malveillants atterrés grâce à l’intervention de la Garde nationale de Montignac ». Sans doute étaient-ils visés dans la déclaration de la veille à la société où l’on condamne ceux qui voudraient allumer dans le district une Petite Vendée ce qui semble dénoncer le caractère fanatique »de ces mouvements. Notons enfin la volonté exprimée par un grand nombre de petites communes du district de se doter d’une société affiliée à celle de Montignac. Elles répondaient en fait à l’appel lancé par celle-ci le 26 pluviôse (6 février) qui envoya le texte de son règlement aux communes (du district ou du canton ?). Ce fut tour à tour le cas de Lacassagne (26 ventôse-16 mars), de Limeyrat, de Journiac (27 ventôse), Auriac (5 germinal-25 mars) et surtout de Condat (6 germinal). Celle-ci, saluée pour ses mérites depuis les débuts de la Révolution, on demanda que son adhésion fût votée par acclamation. Mais par souci d’égalité on l’assigna à la même procédure que celle organisée pour les autres communes, celle d’un examen par la commission des Douze.

3 - Les relations avec les représentants en mission

Les relations avec les trois représentants en mission Elie Lacoste, Roux-Fazillac et Lakanal sont permanentes mais de nature différente.

Elie Lacoste avait suscité la création du comité révolutionnaire. Il finit par s’inquiéter des zizanies et faire savoir ses regrets à la société. Celle-ci encaissa mais réagit estimant qu’il avait été trompé ajoutant que « la division n’empêche pas les mesures révolutionnaires d’être exécutées ». Pour la période qui nous concerne, c’est plus en député à la Convention que Lacoste agit. Il apparaît surtout comme celui qui porte les bonnes nouvelles comme c’est à plusieurs reprises le cas pour les livraisons de céréales. Ainsi promet-il, le 9 ventôse (27 février), 10 000 quintaux à prendre sur le district de Périgueux. On a d’ailleurs vu comment ces réquisitions créaient des situations très confuses

Les interventions de Roux-Fazillac se situent davantage sur un plan politique. C’est lui qui envoie un délégué, Renaud, pour l’épuration, le 2 nivôse (22 décembre). Au même moment il convoque à Périgueux un délégué de chaque société populaire. La société se plaint d’ailleurs le 11 nivôse (31 décembre) d’avoir été calomniée auprès de lui.

Mais les relations les plus importantes restent celles entretenues avec Lakanal. Ainsi de la décision de celui-ci d’éteindre les procès que l’on suit avec empressement se promettant, le 29 pluviôse (17 février) d’exclure les membres qui refuseraient de s’y soumettre. Le même enthousiasme se manifeste autour de l’arrêté pour la restauration des routes reçu le 9 pluviôse (28 janvier) par l’intermédiaire de l’envoyé de Lakanal, Dupuy, suivi de la fête de l’Egalité. Reste qu’un vaste débat s’organisa sur le choix des routes à restaurer et, dans cette affaire, pas question de céder aux décisions des ponts et chaussées : la voix populaire qui marque ses préférence pour les réseaux locaux quand Lakanal pour des raisons militaires s’intéressait surtout aux grandes routes) ne saurait être contestée. Autre question : la mobilisation doit durer trois jours : pourquoi ne pas prolonger par le quatrième qui est un ci-devant dimanche, (ce qui est une façon inopinée de rappeler qu’il serait encore jours de repos !) ? Mais c’est l’inverse qui se produit : on a quitté les chantiers avant l’heure attendue, suite à l’erreur d’un tambour. On distribue aux indigents pain, vin et argent pour les dédommager du temps passé sur le chantier. La confiance en Lakanal est totale « Lakanal proclame-t-on le 29 pluviôse (17 février) attend vos réclamations. Il vous accordera plus que vous ne lui demandez »

De ce point de vue Montignac témoigne du rayonnement des représentants en mission à qui l’on attribue un rôle démiurgique pour reprendre l’expression de Michel Biard (cité ci-dessus).

II - Au centre de l’action révolutionnaire : la déchristianisation et la célébration du décadi

1 - Une préoccupation fondamentale la lutte contre le fanatisme

On n’en finirait plus de citer les déclarations et les mesures contre l’Eglise. On peut cependant l’observer d’un triple point de vue.

  1. L’attitude vis-à-vis des prêtres.
    Le mouvement d’abdication des prêtres se développe fin 1793 au département. Pourtant, la société reçoit encore la visite de prêtres qui viennent abjurer le fanatisme. Une cérémonie de brûlement des lettres de prêtrise est alors organisée. Dès le 12 nivôse (1°janvier) alors que le flux s’est beaucoup ralenti, la société fait pourtant monter les enchères et décrète qu’elle ne recevra désormais et n’accordera la brûlure (sic) « qu’aux lettres de prêtrise de ceux qui déclarent vouloir épouser une citoyenne et donner des enfants à la patrie ». La méfiance demeure d’ailleurs de règle contre les anciens prêtres. Les habits sacerdotaux sont l’objet d’une destruction systématique. On sait l’ennui que connut l’abbé Noël, ex-curé et maire de Montignac pour avoir conservé les siens (J MARQUAY, Montignac sur Vézère, Pages de son histoire et de sa vie religieuse, Montignac, 1937 p 185).

  1. La menace des prêtres encore en exercice et le risque de « Petite Vendée ». A intervalle régulier est rappelée la menace que représentent les prêtres. Ainsi lorsque se produisent des troubles à Lacassagne une motion se traduit par l’adresse aux sociétés affiliées pour les exhorter « à expulser de leurs anciens repaires ces prêtres pervers » (3 ventôse-23 février))

  2. La lutte contre les fêtes religieuses, notamment celle de la saint Jean à Auriac pour la surveillance de laquelle Montignac a envoyé des délégués. On propose d’employer à la production de salpêtre les Montignacois dont on a constaté la présence. La lutte contre les dimanches et fêtes est présentée comme une manière de combattre l’oisiveté. Le 29 prairial (17 juin) encore on se plaint de « rassemblements considérables se font encore ces jours- là, formés de fanatiques et des paresseux »… « Leur maintien pourrait assassiner la philosophie dans sa marche ». Deux décisions sont alors prises : interdire la vente de vin ces jours-là et poursuivre comme fanatiques tous ceux qui se sont rendus deux fois. Le 4 messidor (22 juin) sont dénoncés « les bigots et les bigotes » qu’il faut empêcher de se rassembler pour le fête de la saint Jean à Auriac. Un des membres propose d’ailleurs que l’on envoie ce jour-là dans la commune des brouettes et des pelles pour les faire travailler

  3. Le 11 messidor (18juin) il est question du fanatisme toujours terrassé et toujours renaissant.

  4. Il faut enfin souligner que la disparition du culte catholique la «défanatisation » est un critère de réussite de l’action révolutionnaire. Deux faits le prouvent

- lorsque la Société de Périgueux exhorte à la lutte contre les prêtres, celle de Montignac note qu’elle n’est plus concernée et reçoit presque cette exhortation comme une insulte.

- c’est, nous le verrons à ce propos, que l’affrontement avec le comité révolutionnaire devient la plus virulente.

Reste que la déchristianisation butte sur des questions pratiques. Ainsi celle des cloches. D’un côté on condamne les villages qui continuent à sonner l’angélus. De l’autre on décide le 15 ventôse (5 mars) de « sonner le matin, à midi et au déclin du jour pour la commodité des ouvriers ». En somme aux heures du ci-devant angélus !

Enfin tout ceci n’empêche pas, le 8 prairial, de remercier la Providence à l’issue de la présentation des grains d’orges à Romme.

2 - La célébration du décadi

Opposée à celle du dimanche, la célébration du décadi est peu à peu organisée pour s’y substituer. D’abord en interdisant le travail de jour-là à l’exception des séances de la Société populaire. Encore que la motion proposée le 29 ventôse (19 mars) « Doit-on punir ceux qui travaillent le décadi et chôment le dimanche ? » on ne répond par l’affirmative qu’à la première proposition. La mise en place d’une instruction pour le décadi se fait progressivement. Il s’agit d’abord de célébrer par des chants révolutionnaires. Puis par lecture et l’explication d’articles de la Déclaration des Droits de l’Homme « à 7 heures » est-il précisé le 29 frimaire (17 décembre). Le lendemain on précise que l’on se rendra ce jour-là autour de l’arbre de la liberté chanter des chants patriotiques. Enfin la société désigne pour chaque décadi deux « missionnaires » qui prononceront un discours patriotique. La règle s’impose aussi d’effectuer ce jour- là de la distribution de « bon pain aux indigents, ceci sous la surveillance des officiers de santé ».
A ceci s’ajoute la célébration des autres fêtes :

- la plantation de l’arbre de la liberté, projetée le 15 pluviôse (3 février), où l’on décide qu’elle sera solennisée par la célébration d’un mariage. Une semaine plus tard se pose la question du choix de l’arbre : l’ormeau mieux adapté ou le chêne et son symbole ? On opte « à tort pour le second qui ne pourra prendre racine et, précise E le Roy, crèvera très vite ». Il est solennisé par la célébration d’un mariage et l’attribution au jeune couple d’une dotation de 717 livres. Las, on apprendra dans les jours suivants, qu’après la cérémonie patriotique, les intéressés sont allés faire bénir leur union par un prêtre !

3 - Les réserves à propos du culte de l’Etre Suprême.

La déchristianisation en marche, fallait il lui substituer une autre religion ? A cette question les membres de la société semblent assez rétifs. Le 6 ventôse (24 février), la lecture d’un discours de Robespierre sur les principes de la morale en politique est renvoyée. Ainsi le 4 prairial (23 mai) constate-t-on que la salle se vide à la lecture du discours de Robespierre « sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains » . Le lecteur n’est pas encore parvenu au milieu de son texte que la salle est déserte et qu’il faut lever la séance. Pas plus de succès le lendemain où l’on demande l’ajournement de la même lecture.

La fête n’en aura pas moins lieu avec son rite très particulier, le 20 prairial où elle débute à 1h du matin. Au cours de la fête 3000 livres ont été perçues au bénéfice des indigents.

 4 - Une culture nouvelle ?

Le 22 pluviôse (9 février), il est question de haranguer quatre jeunes gens engagés dans la marine. Mais en quelle langue le faire ? En idiome du pays est-il d’abord proposé. Riposte immédiate d’autres membres qui demandent que ce soit fait « en notre langue » « que ce serait un moyen de détruire ces idiomes qui ont tant nui à la chose publique ». Mais las ! il faut bien admettre qu’ils risquent de n’y comprendre goutte et on décide de recourir « à faire la harangue en patois ».

On notera les nombreuses mentions sur l’Instruction publique. Le 9 floréal (28 avril), c’est la question du salaire insuffisant des instituteurs, débat qui rebondit le 15. Le 10 prairial (29 mai) parvient l’ordre de Lakanal d’établir un comité d’instruction sociale chargé de la rédaction d’un journal populaire et l’établissement d’un apostolat civique « chargé de greffer la Liberté dans l’âme des fanatiques »

Sans surprise, les héros de la société, ceux dont on réclame de rapporter le buste à un membre se rendant à Paris sont Marat, Le Peletier, Brutus et Jean-Jacques en réclamant qu’à la différence de deux portraits des premiers déjà accrochés dans la salle, ceux-là soient ressemblants. L’accent rousseauiste est perceptible aussi bien dans la fête de la Fraternité dans le proche village de Saint-Léon « où toutes les âmes s’épanchèrent et se confondirent dans un doux sentiment d’amitié » que le 1 prairial (19 mai) où l’on évoque « les lois philanthropiques qui ramènent l’homme au bonheur de la nature ». Mais on est aussi en prairial et on y a ajoute le vœu de « délivrer le territoire de la commune de ces hommes scélérats »

III - Economie et bienfaisance révolutionnaire

  1. Les questions économiques

La société se préoccupe aussi d’économie politique. Il s’agit bien de développer la prospérité dans le cadre révolutionnaire en s’attaquant à tous les abus.

Modeste mais objet de passionnants débats est la question du blé (probablement du seigle) en herbe. La coutume voulait que l’on nourrît le bétail au printemps sur les emblavures. La société commence par condamner cet abus avant de constater qu’il s’agit d’une manière efficace d’éclaircir la pousse et de favoriser ainsi la croissance des épis. Ceux-ci font d’ailleurs l’objet d’une surveillance particulière tant est grande la menace des affameurs. On offre la récolte faite des épis à Romme.

Plus importante est la question du ravitaillement. L’application des règles du maximum est peu évoquée en tant que telle. Mais la permanente évocation des affameurs est bien là. A l’opposé doit s’imposer la règle simple et fraternelle selon laquelle « les subsistances doivent être communes chez les peuples libres » et donc partagées !

La taxation reste un souci dans la mesure où elle se traduit par la désertion des marchés. Ainsi pour la viande où l’on constate les détournements locaux (Sarlat) ou départementaux : ainsi la présence des marchands limousins sur le marché d’Excideuil. Le 4 ventôse se constitue une commission pour acheter de la viande sur les marchés à prix coutant.

La question de la Vézère : Lakanal s’est intéressé à la navigabilité des cours d’eau comme le montre sa fameuse intervention en faveur de la navigabilité du Dropt. Aussi les Montignacois tentent-ils de toutes les manières de l’intéresser à celle de la Vézère. De multiples démarches sont tentées, notamment l’envoi d’émissaires à Bergerac sans beaucoup de succès.

2 - la bienfaisance

Les actes de générosité tiennent une place essentielle dans la vie de la société. Ainsi en nivôse un élan se manifeste pour aider à la formation de la Légion de la montagne. Le principe est arrêté de verser pas moins de 100 écus et l’équipement aux volontaires (7 nivôse-27 décembre). Dès la séance se multiplient des dons de 10 à 25 livres. 32 membres y participent pour une contribution qui atteint au total 240 livres. Cette générosité se traduit de diverses manières : couvertures pour les pauvres pendant l’hiver, versement de subsistances, de souliers pour les soldats, de divers textiles pour produire les pansements pour les blessés

Cette bienfaisance peut buter d’ailleurs sur des contradictions. Ainsi a-t-on décidé pour garantir les subsistances à tous d’éliminer ces bouches inutiles que sont les chiens. Ordre est donné de les tuer sauf lorsqu’ils ont une utilité économique. D’où la réaction d’un des membres, au nom de la bienfaisance « Le chien est l’ami fidèle, le compagnon de l’homme…Combien d’êtres malheureux se trouveraient délaissés et, sans lui, seuls sur cette terre »

III - Personnalités ou idéologie ? Les conflits politiques

1 - les conflits internes

Ils apparaissent d’abord nous l’avons vu au moment de l’épuration qui, pour être effective, ne devrait épargner personne, pas même les douze épurateurs élus. En fait un conflit interne est révélé le 14 nivôse (3 janvier) où il est question d’un « complot contre les hommes de 89 ». On prête à l’un des membres du comité révolutionnaire, Laroche, le propos selon lequel « ils auraient régné en despotes et il est temps que leur règne finisse ». Le 24 nivôse (13 janvier) l’ancienne commission d’admission est sommée de s’expliquer sur le fait que 30 citoyens ont été écartés. Le surlendemain, 26 nivôse il est proposé de mettre à jour les intrigues des « faux patriotes et intrigants qui affectent une exaltation de principe pour occuper des places dans le gouvernement révolutionnaire »

2 - L’imbroglio des affrontements entre la société populaire et le comité révolutionnaire

L’exemple de Périgueux montre que ce sont les membres de la société populaire qui constituaient le comité révolutionnaire. D’où l’unité d’action potentielle. Montignac montre que ce ne fut pas toujours le cas du fait des rivalités personnelles

D’abord feutré, le débat prend une réelle ampleur à partir de pluviôse (janvier). On lit à la société une lettre de Lacoste (simple homonyme du député) qui dénonce les manœuvres de plusieurs membres du comité révolutionnaire. C’est au point que l’on programme une discussion pour savoir si ses membres ont perdu la confiance de la société. Le 3 pluviôse (22 janvier) c’est le cas de Lalande qui est examiné. Celui-ci avait été nommé vice-président du comité révolutionnaire à l’issue de son mandat de procureur syndic de département, fonction dans laquelle il avait remplacé Pipaud des Granges. Or, on l’accuse justement de s’être ligué avec lui, accusation lourde de sens alors que son prédécesseur attendait à Paris son jugement pour fédéralisme. Lalande est accusé de se conduire en despote au comité. Il affiche en permanence un complexe de supériorité et cette accusation qui vise sa mégalomanie  « Il s’est affublé tantôt du bonnet rouge et tantôt du chapeau rond avec quatre cocardes tricolores en criant « la Terreur est à l’ordre du jour ». Bilan : à l’unanimité la Société déclare qu’il a perdu sa confiance (3 pluviôse-22 janvier).

La seconde cible est Lathoumétie de Thenon. Il agirait dans le comité révolutionnaire en fonction de ses passions. Il ferait par ailleurs la cour à Roux-Fazillac. Lui aussi est déclaré ne plus avoir la confiance de la société (4 pluviôse-23 janvier)). En revanche, le lendemain, Lacoste mis à son tour en accusation parvient à retourner la situation. C’est ensuite Cramier qui perd la confiance pour être à l’origine d’un rapport à la Convention de Julien de Toulouse critiquant la ville de Montignac. Mais le lendemain un membre s’inquiète de voir la société aller trop loin en mettant en cause un homme qui s’est proclamé « bon républicain ». L’arrêt de la veille à son encontre est rapporté. Quatrième membre examiné, Laroche, qui était présumé être l’auteur de mots sur les patriotes de 89. Au cours du repas où il avait prononcé cette sentence, il avait aussi dénoncé plusieurs membres de la municipalité qui allaient à la messe interdisant ainsi tout espoir de voir cesser le fanatisme. Mais se produit alors une scène bien dans le goût de l’époque : Dujarric soutient Laroche et Mérilhou se précipite pour l’embrasser. Du coup Laroche obtient la confiance à l’unanimité de même le lendemain, sans grand débat pour Cleyrac. Le surlendemain vient le tour de l’ancien curé de Thenon Chabannes. L’accusation est un peu faible mais révélatrice puisqu’on l’accuse de « s’être acharné contre les prêtres constitutionnels » dont il est lui-même. L’affaire est vite réglée avec un tel motif : il reçoit la confiance à l’unanimité et le baiser du président. Enfin les derniers membres examinés : Lafon, Cogniet, La falaquière et Lafargue obtiennent à l’unanimité la confiance. D’ailleurs le lendemain, deux membres du comité, Lamothe et Cramier sont admis comme membres. Le 12 pluviôse (31 janvier), le rapport d’épuration est envoyé à Lakanal.

Tous les membres du comité sortent indemnes de cette première attaque sauf Lalande et Lathoumétie à nouveau mis en cause le même jour.Le 17 c’est au tour de Lalande et l’on décide d’envoyer le procès-verbal des discussions sur leur compte aux autres sociétés.

La 2° phase de l’affrontement s’engage un mois plus tard, le 17 ventôse (7 mars). Les motifs tiennent à ce que Roux-Fazillac n’a pas disculpé Lathoumétie et que le comité révolutionnaire refuse de donner les motifs de la destitution de fonctionnaires. Surtout l’objet central de l’affrontement tient à une lettre du comité révolutionnaire à la Convention « qui paraît inculper tout le district à propos du fanatisme ». On débat sur cette « adresses infamante » et la société demande qu’il soit déclaré que le comité a perdu sa confiance et l’on demande l’envoi d’une adresse énergique à la Convention pour justifier que « le district n’a jamais cessé d’être à hauteur de la Montagne. Quant au Comité, sa conduite est comparable à celle de Vergniaud ». C’était une accusation gravissime ! D’ailleurs tout résulte de sa formation viciée à l’origine et l’on demande qu’une commission « soit chargée d’épier les démarches tortueuses du comité qui a perdu la confiance de la société ». Deux membres, Lacoste et Cognet sont acceptés à la société mais perdent tout droit de vote. La situation paraît ne pas faire l’unanimité et le 23 ventôse (13 mars) , six jours après l’ouverture des hostilités, des membres se plaignent que l’on passe trop de temps à examiner les actes du comité. A quoi il est répondu qu’il s’agit de distinguer les innocents des coupables. Parallèlement les relations avec Thenon restent tendues. Le 25, Lakanal annonce qu’il viendra juger de façon impartiale en même temps qu’il promet 4000 livres. Le débat se poursuit cependant sur les choix du comité quant au traitement des fonctionnaires d’autant qu’à propos du juge Duclaud-Boredon il s’est lui-même déjugé. Le comportement du comité sera scruté par une commission des Quatre. La tension monte encore d’un cran quand la société refuse d’envoyer au comité les lettres que ses membres lui ont écrites. Démarche « dictatoriale «  d’une institution qui se montre comme un monument d’orgueil et de grossièreté (6 germinal-26 mars)). Le 9 germinal ( 29 mars) est constituée une commission des Six pour juger le comité. Le 12 intervient une lettre de Lacoste blâmant le Comité. Nous avons déjà vu comment elle fut reçue. Le 20, c’est à nouveau le comité qui attaque la société la dénonçant comme un obstacle aux progrès de la raison. Laroche membre des deux institutions antagoniste tente de défendre le comité.On déclare qu’il a perdu la confiance. C’est ensuite à Chabannes, dans la même situation qui se voit attaqué sur une question de mœurs et se voit retirer la confiance. On lui reproche aussi de n’avoir pas dit des messes qu’on lui avait payées !! On devine quelle défense il peut opposer ! Et puis le 28 une sorte de trêve s’établit : on félicite le comité de sa motion sur le partage des subsistances. Il n’est plus désormais question de l’affrontement et on accueille avec ferveur, le 18 floréal, une ode à la liberté qui lui vaut une reconnaissance écrite. Et si l’adresse à la Convention sur le comité ne semble pas avoir été rédigée, on en propose une autre beaucoup plus révolutionnaire pour confisquer au profit de la nation les revenus des ci-devant privilégiés célibataires au- dessus de 2000 livres.

Peu à peu l’apaisement se dessine. On commence à évoquer la réconciliation le 17 messidor (15 juillet) où l’on vient de donner « l’absolution «  à Chabannes. Est-ce l’effet de la date anniversaire de la veille ? Le surlendemain a lieu la grande cérémonie lyrique de l’érection d’une « pyramide triangulaire » pour célébrer les victoires de l’armée et le 21 messidor (25 juillet) sont célébrées les grandes fêtes révolutionnaires et on décide de la fête du 14 juillet (25 messidor). D’ailleurs le 28 messidor revient la question. Peut-on condamner « ceux qui depuis le commencement de la Révolution n’ont cessé de manifester les principes de vrais républicains » et les confondre avec les ennemis de la patrie ? Chabanne est élu au bureau et invité à prêcher le décadi. Pourtant le même jour à propos de la fête à Saint Léon la question à nouveau posée est à nouveau éludée La situation devait changer plus radicalement le lendemain, 29 messidor, avec un événement nouveau : l’annonce de l’affrontement entre société populaire et comité révolutionnaire de Sarlat. Certains membres proposent de se rendre auprès des frères sarladais pour essayer de les rapprocher. Mais est-on crédible quand, au même moment, la situation identique et bien plus ancienne existe à Montignac ? On décide donc d’abord de se réconcilier puis d’envoyer une délégation à Sarlat. En signe de cette réconciliation, le 2 thermidor (20juillet), Laroche et Lalande retrouvent la confiance et le second, bête noire de la société est admis dans ses rangs. Autre bonne nouvelle l’annonce de ce que l’ex-archiprêtre Noël est reconnu innocent. Quant à l’envoi de la commission à Sarlat, il n’est plus question : l’affaire serait réglée à Paris ! La fête est complète lorsque le 8 thermidor (26 juillet) on reçoit une lettre de Lacoste se réjouissant de la situation.

Le lecteur éprouvera peut-être un sentiment de confusion dans ces événements qui jalonnent les affrontements. Qu’il se rassure : l’historien aussi. Mais ils montrent le degré de fièvre qu’atteignent les affrontements entre révolutionnaires. Cette affaire eut d’ailleurs des échos à Périgueux qui intervint vainement.

Epilogue

C’est le 16 thermidor que l’assemblée apprend la chute de Robespierre et dénonce le complot qu’il avait tramé. Le 17 est prononcé un serment anti robespierriste. En revanche le rappel de Lakanal le 22 suscite les regrets et la colère contre ses calomniateurs.

Là s’arrête le registre de la société qui survit jusqu’au 14 frimaire An III.

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TEXTES

Séance du 25 Messidor : adresse au représentant Lakanal

« Citoyen représentant,

Transporter des bastilles pour élever dans un clin d’œil des monuments tyrannicides ; mouvoir subitement une population de quatre cent mille hommes pour réparer en trois jours toutes les dégradations que le temps destructeur avait opéré dans les routes ; tout cela n’était que le prélude de tes travaux révolutionnaires ; ton génie devait en concevoir et ton activité en faire exécuter de plus grands. Tu as voulu que les rochers énormes de la Gratusse fussent brisés, ils le seront ; tu as voulu que la vaste Dordogne fut subjuguée par un pont, elle le sera ; que l’Isle fut rendue navigable, et bientôt l’objet de tes vœux sera rempli.

Mais pourquoi citoyen représentant, l’utile Vézère n’a-t-elle pas fixé tes regards ? As-tu ignoré que sans elle cinq départements auraient naguère subi toutes les horreurs de la famine ? Que par elle le fer, le charbon de terre et les bois de construction doivent être transmis dans nos ports, dans nos ateliers et les approvisionnements de tout genre dans nos armées méridionales ?

Rien n’est plus facile que de rendre en peu de temps navigable cette Vézère si importante : avec son beau bassin et le volume si considérable d’eau qu’elle offre, elle soutiendra la navigation toute l’année avec avantage.

C’est à toi, digne représentant, qu’est réservée la douce satisfaction de rendre la Vézère navigable. Ce grand bienfait te méritera la reconnaissance des citoyens de cinq départements. Eh bien, parle, ordonne et aussitôt le peuple en masse secondera ton projet salutaire.

20 PRAIRIAL : LA FËTE DE L’ETRE SUPREME A MONTIGNAC

« A une heure du matin, on bat la générale dans toutes les rues pour avertir le peuple qu’il est temps de s’échapper aux douceurs du sommeil, pour se dispose à goûter une plus douce satisfaction, celle qu’éprouve un Cœur pur en adorant le Créateur dès le point du jour.

Tous les citoyens des deux sexes se réunissent dans la place d’Armes pour se porter en masse vers l’autel élevé à l’Etre suprême. La pieuse troupe est précédée dans sa marche par des musiciens qui font répéter à leurs instruments les cantiques adressés à la Patrie et à la Liberté. Arrivé sur la montagne, on y voit un autel élevé par des républicains, au milieu duquel la Liberté avait planté son arbre. C’est à ses pieds que les cantiques de joie sont alternativement répétés par la voix des citoyens et parle son des instruments de musique

Les premiers rayons du soleil redorent enfin la cime des coteaux ; l’astre du jour est salué par un coup de canon. Deux orateurs montent successivement sur l’autel. Le premier annonce au peuple un Dieu, créateur généreux et qui doit dans le temps récompenser la vertu ; l’autre apprend à ses concitoyens en quoi consiste le culte que demande notre Etre suprême. Ces discours sont encore suivis de nouveaux cantiques et la troupe se retire.

 De retour chez soi, chacun s’occupe de joncher de verdure le devant de sa maison. Dans l’instant toutes les rues sont bordées de branchages et parsemées d’herbes et de fleur. A huit heures on convoque une assemblée de ceux des citoyens qui n’ont pas de propriété ; on leur donne lecture de la sage et bienfaisante loi qui leur accorde une portion des terres prises sur les émigrés.

A dix heures la cloche sonne et chacun se rend au Temple de la Raison.Le dedans en était peint en blanc. Des branches d’arbres touffues en relevaient l’éclat. En haut on voyait l’autel, surmonté d’une longue pyramide et portant la Raison. A ses côtés étaient les bustes des martyrs de la liberté. Le devant portait deux écriteaux ; l’un contenait ces paroles : ADORE UN DIEU, AIME TES FRERES, CHERIS TA PATRIE ; l’autre offrait celle-ci : LA PATRIE INSTRUIT SES ENFANTS, LA RAISON LES ECLAIRE. Plus bas étaient deux bannières ; l’une enrichie de la figure de la Liberté. Cette déesse portait d’une main son bonnet, de l’autre le faisceau. L’autre offrait l’égalité ; à sa main droite pend le triangle, a sa gauche est la massue ; à ses pieds elle foule les attributs de la tyrannie royale et féodale. Le milieu du Temple était flanqué de deux tribunes qui majestueusement ordonnées des mains de la nature, tendaient les bras aux orateurs. Sur l’une domine la statuer de Brutus avec cette inscription : A LA MORT QU’ON MENE MON FILS. Sur l’autre on lisait : LES DROITS de L’HOMME ET DU CITOYEN écrits en gros caractères. Les deux tribunes sont occupées : deux citoyens dans un discours interlocutoire font l’éloge de l’Etre suprême en prônant la Raison, la Liberté, l’Egalité et la Patrie. Ils instruisent le peuple sur les vertus à pratiquer, sur les devoirs à remplir. Cette instruction vraiment intéressante est prolongée jusqu’à midi.

Les orateurs déjà descendaient des tribunes : comme si l’Eternité eut voulu récompenser la piété des républicains, on annonce une dépêche du représentant du peuple Romme. Sa missive annonce que le roi de Sardaigne, pris par les Français, est conduit à Paris par 145000 hommes ennemis de la tyrannie .Les citoyens de Montignac, à cette nouvelle, éprouvent une joie indicible qui se manifeste par des applaudissements prolongés et par les cris de Vive la République ! Vive la Montagne !Périssent les tyrans ! Depuis midi jusqu’à trois heures tous les citoyens armés de piques, rangés sur deux colonnes, parcourent toute la ville dans cet ordre et se rendent sur la place d’Armes où ils font les évolutions militaires. Ils conduisent Stanislas : pour représenter le roi ils ont choisi un citoyen qui, dans l’âge viril a tout au plus trois pieds six pouces de taille (1 mètre !) ; sur sa tête est une couronne, ses bras sont liés d’une chaîne dont l’extrémité est tenue par un conducteur. Derrière lui sont deux enfants portant la figure d’une marmotte ; ils sont suivis d’instruments de musique qui exécutent l’air du Savoyard.

A trois heures, le président de la Société populaire convoque l’Assemblée : les citoyens entrant dans le lieu des séances déposent à la porte leurs armes ; celui qui représente le roi sarde est placé sur une éminence et exposé à la vue du peuple. Un orateur donne lecture des papiers, nouvelles et d’un arrêté du représentant du peuple Lakanal. Cette séance se termine par une levée d’argent. Trois mille livres sont mises entre les mains du trésorier, par les fonctionnaires publics salariés et les personnes aisées de la commune de Montignac : cette somme est destinée au soulagement des malades indigents. Plusieurs feux de joie ont été faits dans les différents quartiers de la ville. Ainsi finit cette fête :l’on peut dire à la louange des citoyens de Montignac que jamais il n’en fut célébré une qui n’offrit tant de splendeur, de majesté, de joie, de concorde, d’avantages que celle dont nous avons été témoins hier.

 

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Révolution en Périgord : références du chapitre 9

 L'an II en Dordogne, la Terreur dans le désordre 

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On trouvera dans Le Tribunal criminel et révolutionnaire de la Dordogne sous la Terreur. Documents authentiques, Périgueux, Cassard frères, 1850, (affaire N°50) la reproduction des jugements du tribunal classée par affaires et ordre chronologique.

R VILLEPELET « Périgourdins condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire », BSHAP tome XXXIII (1912) p 514

Tribunal révolutionnaire, De Malet,, affaire n°11. Pour le prêtre noble d’Artenset : Affaire 63

Pour le curé de Montagnac-la-Crempse, de Ramefort, Robert Bouet, Clergé du Périgord, t 1 page 323 et H BRUGIERE, Le livre d’or du Clergé du Périgord pendant la Révolution française, Montreuil, 1893. p 83. L’ouvrage présente la liste des prêtres poursuivis dans un sens nettement apologétique, classique de la période à laquelle il a été publié. L’économe du grand séminaire est Dudognon (Bouet t 2, p 652). Dudognon se vit promettre le pardon au moment de son arrestation à Bordeaux en juin 1794 et surtout « En prêtant serment tu peux sortir de ce mauvais pas et ne pas compromettre les citoyennes qui t’ont reçu chez elles » Son refus conduisit le 5 messidor (23 juin) a la condamnation à mort du prêtre et des trois femmes par la Commission militaire de Bordeaux. Voir aussi Abbé Jarry, Un souvenir du martyre (24 juin 1791)de l’abbé JB Dudognon économe de la Petit mission de Saint-Jacques à Bergerac, BSHAP tome LVIII p 232

Le procès du curé de Miallet figure dans la liasse W 366 des Archives nationales et dans l’article de R Villepelet cité ci-dessus. Pour Léger-Limoges Tribunal criminel, affaire n°33 et R Bouet, t 2 p 130

Pour les prêtres envoyés par Sarlat on se trouve dans un imbroglio tel que le Tribunal dû faire preuve de clémence, Tribunal criminel affaire N°54

La question des délations. Déclaration de Debrégeas (affaire 52) « Combien on doit se méfier des procès-verbaux des municipalités de campagne qui pour la plupart sont rédigés par des gens vindicatifs ou mus par d’autres considérations »

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L’huissier, Fargeot, affaire n°39

Affaire Mandavy, n°8

Affaire Yzarn de Valady, girondin en fuite qui fut arrêté en forêt de la Double voir G BUSSIERES ,la fin du conventionnel Valady, S. L,1907 . Au sujet de cette exécution, lettre de Roux-Fazillac au Comité de Salut public. Il se plaignait que  Valady durant son interrogatoire par le tribunal criminel de Périgueux « avait attendri les spectateurs et même quelques uns ont versé des larmes. Je me suis plains hautement de cette pusillanimité (lettre du 16 frimaire an II, 6 décembre 1793). Recueil des Actes du Comité de Salut public avec la correspondance des représentants en mission par A ULARD, Paris 1889

Le couple condamné, voir Tribunal criminel affaire n°49

La Triple exécution d’un prêtre et de 2 femmes, Tribunal criminel (affaire n°61)

Affaire Delpit, Tribunal criminel , affaire n°63 et BOUET, p 251

Affaire François Boutonnier, Tribunal criminel (affaire n°25)

Affaire Teyssières-Miremont , Tribunal criminel (affaire n°28), et pour l’épouse de l’émigré accusée de correspondance,, Tribunal criminel (affaire n°32)

Affaire Broussoles, Tribunal criminel,( affaire n°57)

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Affaire ND des Vertus (ou de Sanilhac) Tribunal criminel ( affaire n°2)

Affaire de Chenaud, Tribunal criminel (affaire n°38) et DUBUT, Une émeute à Chenaud en l’An II², BSHAP, tome LIV, 1927, p188

DR Charles LAFON,Un épisode de la Révolution à Périgueux. L’affaire Pipaud, Moulin,Sirey et Lambertie BSHAP tomes LXV et LVI (1938 et 1939). Dossier Archives nationales W 475, 321

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Affaire Lacoste et Comité de Salut Public, M. BIARD, Missionnaires de la République, les Représentants du Peuple en mission (1793-95), Paris,ed Vendémiaire, 2015, p263 « Le cas du département de la Dordogne qui conteste la politique suivie par le représentant montagnard, Elie Lacoste entraîne débat à la Convention et sert d’exemple ponctuel pour définir une position valable à l’échelle nationale. La délibération du département est en effet cassée et le 17 juillet un arrêté ordonne que « les arrêtés des représentants du peuple étant des lois provisoires, nulle autorité autre que la Convention ne peut y porter atteinte » » pp263-264

Directoire du département 1 L 162, 15 août 1793

Comité révolutionnaire de Périgueux, 12 L 95, 12 septembre. « Les représentants du peuple députés par la Convention nationale prés des départements de la Dordogne, du Lot et Garonne et de la Gironde voulant réprimer par tous les moyens possibles les manœuvres des ennemis de l’intérieur et assurer aux lois la punition des conspirateurs qui trop longtemps ont bravé le glaive de la loi, conformément aux décrets du23 et24 août 1793 :

1. Il sera formé dans la ville de Périgueux un comité de salut public de 8 membres pris sur les autorités constituées dont les membres de la Société populaire et Républicaine de cette ville

2. Il aura le droit de mettre en arrestation toutes les personnes suspectes dans la ville et le district »

Déclaration de Villefumade, ADD 13 L 12, Société républicaine 15 août 1793 . Après la déclaration de Villefumade, « quelques réclamations se firent entendre et un membre a observé que la société n’ayant pas reçu officiellement le décret, elle ne pouvait prendre encore une telle délibération. Adopté à l’unanimité »

Représentants en mission Société républicaine 13 L 12 /5 1°septembre 1794 « Le président allait mettre la question aux voix lorsque, tout à coup, des cris extérieurs de « Vive la République, Vive la Constitution » se font entendre. A l’instant ces cris se répètent dans la salle. Une foule immense se précipite à la porte et les représentants du peuple sont introduits au milieu des applaudissements, des cris réitérés de « Vive la République, Vive la Constitution ,Vive la Montagne ». Un d’eux, Pinet prononce un discours vraiment républicain. L’enthousiasme s’empare de tous les esprits, les bras s’élèvent spontanément et le serment si terrible aux despotes La République ou la mort est prêté avec cette majesté qui caractérise un peuple vraiment républicain et cette fermeté qui toujours est le précurseur de la victoire ; le président assure la représentation du dévouement des habitants de cette cité et leur zèle de seconder de tous leurs efforts les mesures de salut public que leur suggérera leur sagesse. L’assemblée entière le confirme et demande la motion civique du discours. Discours de Tallien : Discours éloquent et énergique qui retrace les dangers qui menacent la République, exhorte les citoyens à ne plus mettre de ménagement, les demi-mesures sont le tombeau de la République. Il est temps de la sauver avec le concours de tous les citoyen vrais sans-culottes »

Scrutins épuratoires.Questionnaire dit « des Jacobins »

10 frimaire : Un nouveau scrutin épuratoire aura lieu sur proposition de Duroc par 12 membres nommés par la société : Dupont, Bloy, Belin, Villefumade, Lavergne, Lanxade, Roi, Gintrac-Bouillère, Canler, Lagrange, Duroc qui en appelleront 12 autres. Les 24 épureront la société entière.

14 frimaire
Questions pour scrutin épuratoire: « Qu’étais-tu en 89 ? » « qu’as-tu fait pour la Révolution depuis 89 jusqu’en 93 ?Quelle était ta fortune en 89, en93 : si elle s’est accrue par quels moyens. N’as-tu signé aucune pétition contre-révolutionnaire? Epuration des 12 qui satisfont. On invite toutes les sociétés à s’épurer.

17 frimaire
Les interrogations sur la fortune donnent lieu à déclaration que celle de chacun a diminué. Debrégeas annonce que sa fortune a diminué des 2/3. Lavergne atteste qu’il n’a pas signé l’adresse portée par Sirey.

Epuration à Bergerac : Labroue, la Société populaire de Bergerac p 343. C’est Debrégeas qui, envoyé par Roux-Fazillac vint inviter les Bergeracois à s’épurer sur le mode du « questionnaire des Jacobins » le 5 nivôse an II (25 décembre). Les Bergeracois semblèrent d’abord l’appliquer (p342) puis le 7 on changea d’optique «  un membre a dit »le mode d’épuration que nous avions adopté nous parut d’abord très propre à remplir nos vues. Mais… vous aviez crée il y a peu de jours un comité de 12 membres…Il n’est pas nécessaire de recourir au questionnaire adopté par les Jacobins car autant ces moyens ont été avantageux chez nos frères de Paris, autant il pourrait devenir désastreux pour nous….Cessons donc d’employer un temps précieux pour ce questionnaire » Cette délibération fut envoyée à Debrégeas (p 344)

Les majorités successives à propos de Pipaud. Voir Société républicaine : séance du 17 octobre : Un membre se plaint de ce que le comité de surveillance ne fait pas connaître les raisons qui le déterminent à faire mettre en réclusion plusieurs individus et qu’il serait utile que le public en ait connaissance et que d’ailleurs on mettait en état d’arrestation plusieurs membres de la société. Debrégeas le somme de s’expliquer et de se démasquer. Au milieu des discussions on parle de Pipaud mis en arrestation. L’orateur prouve la légalité fondée sur la loi que tout fonctionnaire public destitué soit mis en état d’arrestation. La femme Pipaud tâche en vain de prouver l’innocence de son mari.

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A propos de Chrétien, Roux Fazillac, 16 frimaire II « A mon départ de Paris, je demandai au ministre de la Guerre d’envoyer ici pour coopérer avec moi, un des capitaines d’un des bataillons de la Dordogne ; c’est le brave sans-culottes Duroc qui, dans le principe de la Révolution, faisait trembler tous les aristocrates de ce département. Mais les hommes de cette trempe sont un petit nombre ; c’est pourquoi je demande au Comité de m’en envoyer promptement un autre, qui lui ressemble et qui fut ici don second à la naissance de la Révolution : c’est Chrétien. Il est, à la vérité, commissaire national, nommé par la Convention pour les iles du Vent ; mais peut-être ne doit-il pas encore partir pour sa destination, et quand il ne ferait que passer ici quinze jours, je suis persuadé qu’il y servirait utilement la République ; il demeure avec Antonelle, son collègue, au grand hôtel de Vauban, rue Richelieu »

Affaire Vincent. Cette affaire montre le jusqu’auboutisme de Chrétien et Duroc mais aussi la capacité de la société à leur résister. On sait que Vincent, maire de Périgueux et trésorier-payeur, était arrivé de Bordeaux l’année précédente : d’où l’accusation facile !

Société républicaine, 24 frimaire ;Interrogation de Vincent : Duroc reprend les propos de Chrétien et l’accuse (d’être) de la secte girondine. Vincent demande qu’on lui délivre la lettre et les notes des interpellations qui lui ont été faites et la parole pour le lendemain. Le débat provoque des témoignages très favorables. Seul Duroc déclare avoir entendu parler mal de Vincent à Bordeaux. Et Villefumade comme Lagrange lui prêtent des propos contre la Convention. Plusieurs témoignages pour tandis qu’Audebert proteste contre la dénonciation de Duroc et Villefumade. Lagrange revient à la charge. Vincent demande des preuves. Lanxade demande report pour examen des preuves tandis que la société demande le jugement tout de suite. Le lendemain, piteux, Duroc annonce que « ce qu’il a entendu à Bordeaux était sur …le père de Vincent…On demande le vote : celui-ci donne vœu unanime pour revenir sur exclusion de Vincent. Ce vœu une fois manifesté, avec la dignité des hommes libres, le président invite Vincent au nom de la société à montrer encore plus de fermeté. On réintègre la citoyenne Vincent qui avait subi le même sort comme soupçonnée d’avoir partagé les sentiments de son mari.

Pour la situation de Pipaud deux sources permettent de la suivre : les délibérations de la Société républicaine mais aussi les actes de ce qu’on appelle Comité de Surveillance puis comité révolutionnaire ou comité de salut public ( ADD 12 L 95). Aux délibérations du 14 septembre 1793, 15 septembre (la citoyenne Pipaud demande éclaircissement sur dénonciations) 17 septembre (refus de réponse) 28 vendémiaire ( transfert à Limoges). A partir de cette date les destins de Pipaud des Granges et Sirey se confondent  3 brumaire (24 octobre) (on lui envoie à Limoges son acte d’accusation) 6 brumaire (un membre présente de nouvelles charges) 11brumaire (rapport sur Pipaud et Sirey à Roux-Fazillac)

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Pour la chute de Sirey « vrai sans-culottes », voir Société républicaine, séance du 18 août où Sirey prend la défense des vieux prêtres incarcérés ; 28 septembre : il s’oppose victorieusement aux accusations de Villefumade et surtout séance du 16 octobre qui lui est fatale : Sirey se présente et s’excuse de son absence à la séance du 8 où il devait faire rapport sur l’aisance. Le président de la société chargé de le censurer sur sa négligence s’acquitte à merveille de sa commission, Debrégeas réclame lecture du procès-verbal de la veille duquel il résulte qu’il demeure arrêté que tous ceux qui ont été portés sur la liste des modérés et mauvais patriotes soient maintenus. IL s’élève quelque discussion pour savoir si Sirey obtiendra la parole. La société manifeste son vœu et il l’obtient il paraît à la tribune et fait le rapport promis ; (il propose de puiser dans les fonds des biens nationaux pour l’assistance) un membre observe que la Convention a déjà pourvu 1 million pour subvenir aux besoins des défenseurs de la patrie, d’autres que Sirey entend à enlever les biens des émigrés sur lesquels sont hypothéqués les assignats et que le crédit national serait extrêmement atténué et porterait à la défiance. Debrégeas demande de l’ajourner mais Lanxade demande qu’il soit considéré comme contre-révolutionnaire et propre à renverser la République.

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Pour l’évolution de la situation de Pipaud et Sirey, voir ci-dessus.

La source de l’affaire Lanxade se trouve dans les délibérations de la Société républicaine à partir du 13 nivôse (2 janvier 1794) où l’on apprend la convocation à Paris de Lanxade. Alors que, ce jour-là, les déplorations fusent à la société, Lanxade s’exclame « Robespierre a fixé l’attention des patriotes sur les dernières ressources des malveillants à diviser la patriotes entre eux et à leur enlever par toutes sortes de moyens de la confiance publique. Je fournis un exemple des entreprises dont vous parlait Robespierre : je viens d’être dénoncé au Comité de sûreté générale ». A noter que le successeur de Pipaud des Granges, le procureur-général syndic Lalande, dut se défendre de l’avoir accusé.

Affaire du faux. Pour les événements on se reportera à juin 1793 (chapitre 8). L’annonce du faux apparut le 16 pluviôse (4 février) « La Société persiste à maintenir sa dénonciation contre le faux inséré dans le procès-verbal de l’administration de l’ancien directoire daté du 29 juin et à penser que Pipaud a été le seul auteur et instigateur de cette intrigue…La société déclare que l’opinion publique dénonce le même procureur-syndic comme le seul promoteur et rédacteur des arrêtés liberticides.

20 pluviose

Villefumade annonce que le Conseil général de la Commune (présente le 29 juin) s’est assemblé pour s’occuper de la dénonciation que Duroc et lui ont faite du PV rédigé au mois de juin dernier par l’administration au sujet des mesures liberticides prises par l’infâme commissaire de la Commission populaire de la Gironde.IL rappelle que le même représentant de la commune, Lanxade, porte la parole au nom du conseil Général de la commune) et après s’être fortement élevé contre cette mesure liberticide prise par le directoire, il demanda un rapport. Villefumade assure que le PV rédigé par le directoire porte au contraire que Lanxade parlant au nom du conseil général de la commune a lu l’arrêté dont il venait demander le rapport ; il s’élève contre ce faux d’autant plus perfide qu’il tendait à rendre toute la commune complice des mesures liberticides contre lesquelles elle s’était constamment élevée.

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Sur Pipaud à la Conciergerie, nous renvoyons à Charles Lafon qui a reproduit les informations tirées du factum de Vendémiaire, hélas disparu voir « un épisode de la révolution à périgueux », BSHAP 66 p p 329

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Les autres sociétés. Pour Bergerac, Labroue,La Société populaire de Bergerac. Pour Montignac, voir ci-dessous, annexe 1. Pour Beaumont voir Testut, La petite ville de Beaumont pendant la période révolutionnaire Bordeaux, Ferret et fils 1922-23 et Pauline Moszkowski-Ouargil, Citoyennes des champs, les femmes de Beaumont du Périgord pendant la révolution française. Mnémosyne P.U.R. 2015. Pour Monpazier, Grenier de Cardénal, « Les sociétés populaires de Monpazier (Dordogne) 1790-93 Commission des travaux historiques et scientifiques. Société d’histoire moderne et contemporaine volume X, 1924, p7 l’affaire Gouaud voir A DUBUT « Un maire et un ancien noble de Ribérac exécutés pendant la Terreur : Guy Gouaud et Léonard de Belhade » BSHAP LX et LXI, 1933-34. Le dossier du procès figure dans la série W des Archives nationales.

Les représentants en mission : On trouvera en annexe 2 une analyse des lettres de Roux-Fazillac publiées par A Aulard, Actes…cité ci-dessus.

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La question religieuse. Voir Annexe Roux-Fazillac ci-dessus. Pour les abjurations de prêtres nous disposons de la liste faite devant le Conseil Général de la Dordogne fin 1794 puis devant celui de Bergerac en Germinal (mars-avril 1794). A noter que, dans ses notices, R.Boué retranscrit leurs déclarations d’abjurations. Pour les troubles religieux, outre un article à paraître dans la revue des Archives départementales, Mémoires de la Dordogne, Femmes et Révolution en Dordogne, on se réfèrera aux délibérations du comité révolutionnaire de Périgueux (ADD 12 L 95) pour la période de nivôse, an II(décembre 1793-janvier 1794)

Pour la question du dimanche, voir la longue délibérations de la société républicaine du 24 ventôse qui dénonce les rassemblements du dimanche.

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les subsistances : Sur la multiplication des minages ADD 1 L 153

21 brumaire. Presque toutes les communes abusant de la liberté que la loi leur a donné d’établir un minage, les anciens marchés véritablement connus et fréquentés, ceux où le peuple a coutume de se pourvoir se trouvent absolument dénués de tout. Les communes qui ont rétabli ou établi des minages d’approvisionnent se contentent pour la forme de faire porter dans leurs prétendus minages quelques boisseaux de grain qu’elles ont soin de faire prendre par quelque particulier de la commune, de manière que voulant approvisionner partout on n’approvisionne nulle part. Arrêté : tous les minages et marchés qui n’existaient pas ou n’étaient pas approvisionnés avant 1789 cesseront d’être approvisionnés dès ce moment.

La réunion importante est celle du 15 août qui montre l’état de la situation et les désaccords.

ADD 1 L 152 15/8 Réunion des commissaires de district sur le défaut de subsistances : « la 1re récolte a été moindre d’un quart de celle de l’année précédente. Le département ne peut trouver en lui-même assez de moyens pour pourvoir au défaut de subsistances dont il est menacé. On sollicitera un secours de 800 000L. Lanxade et Grand rédigeront l’adresse » . On décide de former dans chaque district un comité de subsistances qui correspondrait avec un comité central au central du département. Pour présenter le mémoire Lanxade on élit d’Alby qui se récuse. Proposition : la faire présenter par les députés (du département). Refus « dans une circonstance aussi grave, on ne pouvait prendre trop de précaution et que les occupations ordinaires des membres de la Convention les mettaient dans le cas de ne pouvoir faire toutes les démarches ». D’où élection de Mater. Quant on propose d’élire les membres du comité central décidé la veille, refus de plusieurs membres : « la décision sur le comité central rapportée ». Les commissaires de quelques districts ont déclaré que « leur administration ne correspondraient point aves lui, ne connaissant d’autre point de correspondance à cet égard que l’administration du département ». Les comités de district rendront compte à leur directoire. La proposition d’imprimer l’adresse a la Convention pour la distribuer dans toutes les communes fortement combattue et rejetée.

Sur les entraves : 1 L 152 et Bergerac : 3 L 9

P 204 Second maximum 1 L 153 ; Rapport du procureur général sur le maximum. Les municipalités doivent envoyer sous 8 jours un tableau des grains et farines déclarés au district qui doivent le transmettre sous 8 jours au Département pour tableau général. 100L d’amende par officier municipal pour les communes qui n’auront pas transcrit ». Le délai expiré, les tableaux envoyés sont incomplets par défaut de quelques communes. » Nécessité de frapper. Le procureur général syndic montre que le Département a scrupuleusement exécuté la loi. Suit le rapport du procureur général sur les relations alarmantes qui arrivent de chaque district a cause des subsistances qui manquent. Les districts de Mussidan et Belvès affligent surtout par leurs réflexions. Mussidan déclare que les réquisitions exciteraient des mouvements dangereux si elles étaient faites dans l’objet d’alimenter une commune dessus de l’autre. Le district de Belvès n’offre pas un aperçu plus consolant :il n’existe pas 50 particuliers qui se trouvent avoir récolté au-delà de leur nécessaire et cette disette générale se présenterait sous des caractères moins effrayants si tous les citoyens voulaient se rappeler ce principe sacré que tous les hommes sont frères…Préférant au papier monnaie qu’on leur donnerait en échange, ils aiment mieux l’enfouir…Il sera nommé des commissaires qui d’après le tableau des déclarations faites par les part se fixeront sur la quantité de grains que renferme chaque commune et seront autorisés à faire répartir sur les municipalité les moins approvisionnées l’excédent de celles qui ont fait de plus abondantes récoltes.

Métayers 1 L 153 21 brumaire (11novembre 1793), Décrets de la Convention Nationale interdisant aux propriétaires d’exiger de leurs métayers aucun droit de dîme, agrier, rente seigneuriale et de l’arrêté pris sur iceluy par les RP Pinet,Garaud et Monestier portant que ledit décret sera nonobstant le défaut d’envoi exécuté à partir du jour de la promulgation. L’arrêté auquel le directoire applaudit sera imprimé et envoyé aux districts. Il est intéressant de se reporter à la même date, sur le même registre au discours très euphorique de Pinet à ce sujet.

Bergerac : 3 L 9 18 brumaire (8novembre)

Belvès 6 brumaire (27 octobre) Belvès vient à la barre réclamer des subsistances déclarant « qu’il est à craindre que le peuple ainsi tourmenté sur ses besoins et d’un autre côté agité par des conseils perfides de ses ennemis ne se porte à des mouvements qui compromettent son salut. On rappelle que le tableau des recensements monte qu’il y a des ressources pour le moment et que les corps constitués doivent user de la réquisition.Le prochaine arrivée des représentants du peuple remplirait nos désirs communs mais qu’elle ne devait pas perdre de vue que le vrai moyen de se rendre digne des soins de la représentation nationale, c’était de se rallier autour de la loi et de donner à son glaive un mouvement perpétuel sur la tête des coupables ; de ces hommes qui multiplient toujours les besoins du peuple en raison des malheurs qu’ils lui préparent »
Un membre souligne que la barre sans cesse occupée par les districts qui font la même demande qu’Excideuil. Or il faut faire face aux besoins des braves défenseurs déjà partis ou qui vont se mettre en marche. IL propose de soumettre toutes ces difficultés au représentant du peuple. Il sera envoyé au commissaire près du RP Lakanal qui se trouve à Bergerac qui lui présentera l’embarras de l’administration sur état des subsistances.. Le seul moyen d’alléger nos difficultés c’est qu’il veuille bien se rendre au milieu d’un peuple dont l’amour et le respect lui garantisse d’avance que sa présence, si elle ne peut écarter tous les maux réels, elle les aidera au point que t
out le monde sera content.

Page 205 : le second recensement 1° frimaire (21 novembre)

Instruit que dans presque toutes les municipalités beaucoup de citoyens et notamment les officiers municipaux ont fait de fausses déclarations dans le recensement général des grains…Qu’il est de la plus haute importance de parvenir à une connaissance exacte de la suffisance des moyens de subsistance. Il sera fait un nouveau recensement et tableau envoyé à toutes les communes. Un commissaire sera envoyé dans chaque district. Pour le recensement par district il se concertera pour choisir parmi les vrais sans-culottes un nombre suffisant de commissaires instruits en état d’opérer. Ceux qui auront fait de fausses déclarations seront déclarés ennemis de la chose publique…Les commissaires s’assureront que les propres ensemencements de leurs terres en même étendue que les années antérieures et s’ils y mettent la même quantité de semences.

 1 L 164 à partir de janvier, l’assemblée départementale disparaît. Seul reste le directoire.

26 ventôse : appel des députés pour lutter contre les effets négatifs du manque de subsistance « Il faut que les citoyens se partagent entre eux les ressources… »

Envoi de Villefumade. Société républicaine, 9 germinal. Pour son accueil pittoresque au retour au district de Périgueux ADD 9 L 10

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Troisième recensement 1°germinal 1L164 : 26 germinal (15 avril 1794) réquisition des pommes de terre.

Intervention de Lakanal 1 L 164 15 floréal (5 mai) adresse aux habitants de la Dordogne

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Arrivée du représentant Romme : 3 floréal An II (22 avril)

ADD 1 L 165 : Estimation de Romme, 28 floréal (17 mai)

Arrêté de Pinet : 1 L 165 1°Messidor (19 juin)

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Sur la question de la levée en masse comme pour l’ensemble du problème du recrutement H GRENIER de CARDENAL, Recrutement de l’Armée en Périgord pendant la période révolutionnaire(1789-1800), Périgueux, Joucla, 1911. L’accès à l’ouvrage est un peu déroutant parfois, l’auteur procédant non par ordre chronologique mais par unités militaires. Mais il est essentiel.

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Le district de Bergerac en 1790

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DEUX DISTRICTS SOUS LA CONSTITUANTE : BERGERAC et NONTRON

Le choix de ces deux districts tient à leur opposition. Non seulement Sud contre Nord, mais taille : 9 cantons et 130 paroisses pour Bergerac, 8 cantons et 64 paroisses pour Nontron :l es représentants du premier, Gontier de Biran et Laroque de Mons avaient bien défendu leur cause et il n’existait dans aucun des trois ordres de députés nontronnais !Il faut y ajouter la différence d’activité mais aussi de tempérament politique sur laquelle Rocal, avec une impartialité moyenne devait souvent revenir !

BERGERAC

Le district de Bergerac est le premier en population et en nombre d’actifs du département : 75200 habitants

Avec 160 délibérations, de sa réunion le 9 août à la fin septembre 1791, le directoire du district de Bergerac se situe dans la moyenne entre les districts faibles et celui de Périgueux qui produit le plus de délibérations. Il se réunit en moyenne de 10 fois par mois au 4°trimestre 1790 à 6,6 fois au 2°trimestre 1791, le deuxième trimestre étant marqué par une plus grande activité, comme le début de l’été. Notons qu’à la différence des autres districts, le registre du district de Bergerac exclut les affaires de biens nationaux.

Ce rythme traduit aussi le climat : la fin de 1790 voit se multiplier les questions fiscales. Ce dossier diminue d’intensité au cours de l’hiver où gonflent les affaires religieuses. Les troubles qu’elles entrainent s’ajoutent au printemps et surtout à partir de mai à une agitation qui culmine à l’été avec le mouvement des métayers d’ailleurs rapidement réprimé.

L’impression générale que donne ce district nous rapproche de celui de Montignac : tous deux sont d’une forte sensibilité idéologique qui s’exprime au moment des grands événements (émigration, serment des prêtres, Varennes). On peut en outre estimer qu’elle se traduit par le souci de gérer avec précision et équité la question fiscale même s’il existe dans ce domaine un apparent parti pris contre les prêtres et une volonté de revanche sur l’Ancien Régime.

I - La sensibilité politique : une certaine radicalité

Nous essaierons par ailleurs de repérer les personnalités politiques qui siègent au conseil d’administration et surtout au directoire composé des deux Pinet du Séran et de Saint-Aubin, Larégnère et Bonnet du Cluzel, le notaire Bruzac prenant les fonctions de procureur-syndic, son substitut étant Pinet de Saint-Aubin. La présidence de l’administration revient à Ponterie-Escot.

A - l’enrôlement de la jeunesse

On notera d’entrée de jeu le souci d’intégrer la jeunesse et de la voir proclamer idéaux et principes révolutionnaires. Lors de la réunion des électeurs pour désigner les administrateurs du district, le quatrième après-midi, 13 août se produit la visite d’une « compagnie de 18 enfants » entrés dans l’église tambour battant « en habit de garde national marchant sur deux lignes commandés par M Borie, volontaire au régiment de cette ville qui a fait ranger sa petite troupe devant et autour du bureau et dans cet ordre, l’un desdits enfants, Mr Elizée Géraud fils ainé, âgé de 9 ans monté sur une chaise en face de M le Président a prononcé un discours sur les avantages de la Constitution et les travaux de l’assemblée électorale qui a été vivement applaudi, ce premier discours suivi d’un second par M Queyrel, 12ans, qui a reçu les mêmes applaudissements et M le président leur a témoigné la satisfaction de l’assemblée et les exhortant à cultiver leurs talents et à se rendre dignes du bonheur que l’Assemblée nationale leur prépare et l’assemblée les a priés de remettre leurs discours sur le bureau pour être insérés » De ces deux discours on retiendra quelques passages. Ainsi, du haut de ses neuf ans, le petit Elizée Géraud n’hésite pas à rappeler à ses ainés «  qu’instruits sur nos véritables intérêts par nos calamités (il est temps que) nous renoncions aux projets barbares et insensés que nous a donnés le gouvernement despotique. L’Assemblé nationale animée du désir de nous rendre libres et heureux a recherché l’origine de nos droits et l’a trouvée dans les lois de la nature qui sont imprescriptibles » Et de saluer en expert ses vertueux aîné « Vous venez de donner, MM à Périgueux des preuves éclatantes de votre patriotisme » Et son ainé Queyrel est tout aussi affirmatif. Il est vrai que le maître de pension, Bourson, figure du patriotisme bergeracois, a voulu ainsi manifester «  l’exemple, unique en Dordogne, d’une telle démonstration de la prime jeunesse »

B - La défense des principes s’exprime aussi par la déclaration, très précoce en Dordogne, concernant les émigrés.

Le 17 novembre1790, en effet, le directoire reprend une adresse du directoire de Dijon qui réclame la saisie des biens de ceux qu’on appelle alors les « émigrants » et de partager le produit « applicable à la partie souffrante de nos citoyens ». Le réquisitoire du Procureur syndic est articulé sur trois points. Le premier « que font nos émigrants à l’étranger ?» constitue un réquisitoire sur les conséquences économiques (ils font sortir le numéraire ») et politiques (« irriter contre nous les puissances voisines »). Second point : l’attitude a prendre à leurs égard. Evidemment se pose la question du droit des gens à se déplacer. Mais comment l’appliquer à des gens qui le violent sous le prétexte qu’ils ne seraient pas en sécurité en France, argutie irrecevable « à présent que le peuple est calme » . Troisième élément : l’obligation pour l’Assemblée de sévir sous peine de « mettre la Constitution en danger » « Le temps de l’indulgence est passé » et elle deviendrait peu ou prou de la complicité. D’où une proposition radicale « Ou ils rentrent prêter le serment civique ou on confisque tous leurs revenus ou le quart de leurs biens »

C - Cette radicalité s’exprime tout autant vis-à-vis du clergé

1 - Il faut d’abord souligner que durant tout l’automne les signes d’impatience vis-à-vis du clergé ont été nombreux. Alors que dans tous les autres districts le clergé tient une place considérable s’agissant surtout de satisfaire à ses demandes de garantie de ses biens, notamment pour les vicaires perpétuels, les traces de ces interventions sont ici absentes. Peu de choses non plus sur le terrain des inventaires. C’est dans le domaine fiscal qu’il est question des curés. Pas moins de 14 affaires les concernant sont traitées. La plupart, soit une dizaine, relèvent du domaine fiscal et ces prêtres sont systématiquement déboutés le plus souvent avec en prime des critiques très dures. Ainsi, le curé de Colombiers est invité à la tranquillité qui doit être l’apanage de tout véritable pasteur ».

Il est vrai que certains de ces conflits prennent un tour particulier : à Lamonzie où l’on empêche le nouveau curé d’accéder à sa cure après avoir beaucoup critiqué son prédécesseur qui reçoit, cette fois le soutien du directoire qui rappelle que c’est à lui que les habitants avaient demandé de rédiger leur cahier de doléances. Quelle mouche avait piqué le curé de Lunas, le 12août ? Il est accusé d’avoir, ce jour–là, dégradé son église, dégradation chiffrée par expert à plus de 200 livres ? Mais le pire est atteint avec le « fameux » curé de Razac d’Eymet, Benaud, que nous avons retrouvé devant les tribunaux tant en 1789 à propos de la garde nationale que durant les années précédentes. Le 5 novembre, il se plaint au directoire d’ « assassinat commis sur sa personne et de dégradation de ses biens qui justifieraient un allègement de ses impôts de 275 livres ». Notons d’ailleurs que compte-tenu de l’état de ses relations avec ses paroissiens, ce type de harcèlement ne paraît même pas impossible ! Il s’attire en tous cas un réquisitoire sévère du directoire qui « estime qu’il est malheureux que le Sr curé n’ait pas su se concilier l’estime et l’amitié de ses paroissiens, qu’on ne peut vraiment se conduire plus mal que ce qu’a fait ce pasteur dans tous les temps et principalement depuis la Révolution, on peut dire qu’il est d’un très mauvais exemple dans le pays aussi est-il généralement détesté, non seulement de sa paroisse mais encore de toutes celles des environs, ses confrères n’ont pas moins d’horreur de sa façon de se comporter et le caractère de cet homme est tel que partout où il a été (et il a souvent changé de paroisse il n’a jamais pu se passer de se faire des affaires qui lui ont attiré une foule de décrets ». Notons que le directoire n’essaie même pas de nier le bien fondé de la plainte évoquant de légitimes représailles « et peut-être s’il avait été partout ailleurs il n’existerait plus ». Le directoire estime qu’il retourne dans sa paroisse où les habitants ne peuvent oublier les menaces, excès, injures. Et de conclure : « Il serait fort à désirer qu’il fut au pouvoir du Directoire d’obliger ledit sieur curé à se retirer »

2 - Dans ce contexte où l’on peut parfois évoquer des accents d’anticléricalisme, la question du serment ne pouvait se poser que de façon critique.

 a) la question du serment dans le district de Bergerac
C’est le 10 février que la question du serment apparaît dans les délibérations. Après une introduction classique où l’on distinguera « les vrais amis de la patrie » et « les pasteurs ingrats et rebelles » semblables dans le sacrifice de leurs devoirs à leurs intérêts » aux évêques, la diatribe vise le »ci-devant évêque de Sarlat » qui pour « opposer une résistance criminelle aux décrets de l’Assemblée nationale(…) n’osant pas tout-à-fait leur dire de refuser le serment prescrit par la loi, il les exhorte à ne prêter que celui dont il a fait passer le modèle, serment adopté et offert dit-il par la majorité des évêques, ce serment, MM, aussi criminel qu’insidieux renouvellerait l’ordre éteint du clergé par le moyen des perfides restrictions qu’il renferme et des subtilités scholastiques dont les ecclésiastiques savent si habituellement se servir. Le vecteur de ce brûlot vient paradoxalement du diocèse d’Agen « M Parré, curé de St Quintin, district de Lauzun. Ce pasteur déshonorant le caractère dont il est revêtu n’a pas rougi de devenir un instrument honteux de la passion de ces évêques qui frémissent de rage en pensant que désormais ils seront forcés de remplir les devoirs de leur fonction et de ne donner plus l’exemple de luxe le plus scandaleux et de réformer leurs mœurs corrompues ». Les termes sont peut-être classiques mais la diatribe haineuse est d’une violence particulière en un siècle qui a connu des évêques plutôt réputés pour leur rigueur et leur générosité. Il est vrai que Mgr de Flamarens s’est illustré en d’autres termes.

b) comme ailleurs, l’élection de l’évêque est un facteur de cristallisation des oppositions. Le 17 avril, le directoire publie un réquisitoire provenant du département contre les prêtres fanatiques qui font circuler une lettre contre l’élection de Pontard dont « l’irrévérence des expressions tendent à alarmer les consciences » . Tout doit donc être fait pour retrouver les auteurs de cette lettre.

 

II - Une administration solide malgré les problèmes posés par les municipalités

A - La question de la fiscalité

De tous les districts, celui de Bergerac présente les réponses les plus circonstanciées aux questions concernant la fiscalité.

1 - On rappellera pour mémoire les règles définies lors de la première réunion du conseil d’administration en septembre 1790. «  il n’y a pas de meilleure forme à suivre que celle de prendre pour base la valeur intrinsèque des fonds en les classant dans un cadastre qui sera formé dans chaque municipalité lequel contiendra la contenance, la nature, la qualité et la valeur particulière des fonds en les appropriant à la classe que leur valeur et leur produit pourra comporter »

2 - La même rigueur classique apparaît sur les cas proposés.
Ainsi lors de la réclamation, le 24 janvier de Maitre de Farcies, est-il rappelé que l’impôt est fixé à 8d ½ et 1/8° par livre du 20°de l’estimation. Pour un domaine évalué à 71 900 livres la cote est donc de 294 l 18. Comme l’estimation est ramenée à 69000 livres, l’imposition s’élève seulement à 294l 18

3 - Cet exercice n’est cependant pas diminué d’approches plus politiques. Ainsi en est-il pour les fermiers des biens nobles. Cette catégorie sociale dont nous avions entrevu le rôle au moment des émeutes de janvier paraît clairement dans le viseur des autorités municipales. Ainsi Saussignac fait l’objet d’une plainte de Quintin, fermier du seigneur de Saussignac, de Pons : la municipalité l’a imposé avec effet rétroactif sur les quatre années antérieures. Or la municipalité se justifie en faisant appel à l’usage établi sur le pays de taxer les fermiers des biens nobles et surtout par la décision de Tourny jadis intendant de Guyenne ». Or la police qui établit le fermage remonte à 1785 mais avait été secrète. La municipalité a cru pouvoir remonter à l’origine de la ferme afin de faire jouir les autres contribuables d’un soulagement dont ils avaient été privés. Ce même traitement est infligé à un autre fermier

B - Cette attitude assez rigoureuse se heurte ici comme dans les autres districts à la question du comportement des autorités municipales.

1 - En matière fiscale
Il ne faut pas cependant exagérer cet aspect : dans les trois quart des cas, le district, dans les conflits fiscaux, apporte son soutien aux autorités municipales. Bien souvent, comme à Monmadalès pourtant, le conflit conduit à la convocation des deux parties. Il est pourtant des cas plus conflictuels. Ainsi quand, comme à Ste Eulalie d’Eymet, le maire prend le parti des habitants contre collecteur et empêche l’huissier aux tailles de mener son action dans une paroisse qui à la mi-décembre est encore redevable des ¾ de ses impôts. Vertement réprimandée les officiers municipaux de Conne qui ont perdu toute autorité et sont incapables d’établir un rôle : « Un peu de fermeté de la part des officiers municipaux et l’amour de leur devoir aurait prévenu ou du moins mis fin à des pareilles discordes ».

 2 -  Il est pourtant une affaire qui fait l’objet d’une dizaine de délibérations, d’allers et retours entre Bergerac, Périgueux et Monbazillac qui en est le cadre. L’affaire débute le 29 septembre sur une classique plainte de refus d’inscription sur la liste des citoyens actifs sans que la marie ne puisse fournir moindre justification. L’intéressé s’est adressé au département et à la municipalité aussi. L’affaire revient à Bergerac et le maire se présente le 27 octobre. Il nie toute responsabilité dans cette affaire et dit son désarroi : absent au moment où a été prise la décision, il la désapprouve. Il n’est pas plus capable de fournir l’expédition des actes municipaux détenus par le curé officier municipal. Le 4 novembre, le district souligne avec véhémence la conduite de plus en plus irrégulière des officiers municipaux : n’ayant pu trouver le soutien auprès du département, ils ont décidé d’en référer à …l’Assemblée nationale. Ils sont convoqués munis des pièces justificatives. Le 8 novembre ils sont devant le directoire. Un premier prétend ne pas connaître le dossier. Tour à tour ils développent un raisonnement d’une rare désinvolture : pour les causes de la décision, ils renvoient aux délibérations…qu’ils n’ont pas portées. Et le curé d’expliquer que si c’est vrai qu’elles sont au presbytère chacun peut y accéder. Au passage quand même un des édiles lève un coin du voile se demandant si le sort de l’intéressé ne serait pas lié à sa fonction de fermier des rentes. Quant à l’appel à l’Assemblée, on reste très dilatoire. Le greffier est sommé de présenter les documents sous 3 jours. Le 15 novembre se présente un officier municipal absent le 8 parce que le procureur syndic de Monbazillac lui avait dit que sa présence n’était pas nécessaire. Quant à son témoignage il est aussi évasif et impertinent que celui de ses collègues. Le 1°décembre, enfin arrive le compte-rendu de la délibération du directoire. Le comportement des officiers municipaux est jugé une erreur mais encore une prévarication pour laquelle on demande six mois de suspension. La décision sur l’activité de Montupet est évidemment annulée. Mais la décision n’est pas validée par le procureur général syndic qui prétend n’avoir pas la connaissance approfondie des pièces et demande un délai. On évoque la réunion de l’assemblée primaire. On décide donc de rétablir Montupet dans ses droits. Ce n’est finalement que le 23 novembre que tombe la décision : les officiers municipaux sont suspendus mais pour 2 mois seulement. On est ici face au cas typique de la faiblesse des autorités, de la crainte absolue de tomber dans l’autoritarisme quitte à paralyser le fonctionnement du système

C - La question de l’assistance montre la difficulté de sortir des institutions d’Ancien Régime.
1° La question des enfants abandonnés. Dès l’ouverture des travaux du district se pose la question des enfants abandonnés : leur nombre aurait brutalement crû dans la décennie pré-révolutionnaire suite à législation de 1779. Souvent exposé à l’hôpital, ils sont refusés par les sœurs chargés des malades qui les transfèrent au sénéchal : leur entretien est pris en charge par Caumont-Laforce en tant qu’engagiste. Mais avec la Révolution il se dessaisit de cette fonction. D’où la tentative de recours à la saisie de ses fermiers. Mais en son absence, la procédure ne peut être appliquée. Le directoire décide donc de recourir à la caisse du receveur ou à celle des impôts.

2° Les hôpitaux de charité. Là encore le mode d’aide aux pauvres se trouve remis en question. Le directoire rappelle la situation : Bergerac compte trois hôpitaux : un «  où les pauvres malades sont reçus et soignés et 2 autres maisons qui fournissent et distribuent des bouillons, les remèdes, la soupe et autres besoins aux pauvres malades externes…Ils forment autant de communautés de filles qui s’y sont vouées au service des pauvres. L’exactitude avec laquelle ces filles s’acquittent de leurs obligations à ce sujet est au-dessus de tout éloge, leur état est vraiment méritoire et les secours de tout genre que les pauvres en reçoivent sont inappréciables ». Le mémoire se poursuit en établissant les dates de fondation : 1416 pour l’hôpital, 1692 pour la maison de charité du faubourg , la maison de charité de la miséricorde antérieure aux deux autres ». En 1790 les 3 établissements se déchargent du soin des pauvres sur le district tout en gardant provisoirement la maîtrise des fondations. Le débat s’ensuit entre district et municipalité, le premier estimant que la situation précaire ne peut perdurer et que la loi confient aux municipalités ce type d’établissement, le district n’en ayant que la surveillance. Il a le soutien du département et il semble que, malgré ses réticences la mairie ait dû se plier à cette décision ». On verra que dès la fin 1791 tout cela sera remis en question.

3° La question de l’approvisionnement est posée ici plus tôt que dans les autres districts. On voit dès le mois de septembre intervenir le comité de subsistance fondé l’année précédente à Bergerac :il doit régler assez rapidement 12000 livres à ses fournisseurs de Libourne et Bordeaux qui exigent du numéraire quand il ne dispose que d’assignats, produit de ses ventes en grains probablement des négociants locaux. Le district autorise alors le comité à échanger ses assignats au près du receveur. Signalons que les trésoriers du comité sont eux mêmes des négociants connus : Eyma et Bouchon.

On voit surtout, les moissons de 1791 à peine achevées, le conseil général du district s’engager dans une politique très active d’approvisionnement avec le concours de la ville. Le 19 août, considérant que «La disette est telle que ce que chacun a pu recueillir des grains déjà récoltés et ceux qui ne le sont pas encore seraient à peine suffisant pour fournir à la subsistance de ces habitants 6 mois de l’année, décide d’un emprunt de 15O000 livres pour achat de grains, les sommes résultant des ventes étant à mesure des entrées utilisé pour de nouveaux achats ». La délibération sera présentée à l’Assemblée nationale via le directoire du département. La décision est mise en œuvre par le directoire le 24 août qui dramatise un peu plus la situation « ne pouvant compter sur aucune ressource de la part du commerce dans les environs, les habitants du district seraient bientôt exposés aux plus grands malheurs », s’adressant au département demandant d’autoriser l’emprunt mais aussi compte tenu des délais de réponse de l’Assemblée Nationale, demande en attendant et dans l’urgence des secours ».

De son côté, la ville agissait aussi. Elle mettait en œuvre une autorisation du département obtenue la veille pour lancer une souscription au montant indéterminé pour acheter des grains « nécessaires aux besoins urgents tant de la ville que des paroisses et autres lieux du district ». en fait, il semble que la souscription avait déjà obtenu un réel succès. Le directoire « approuve le plan de la souscription pour être exécuté selon la forme et teneur et invite les bons citoyens qui n’ont pas encore souscrit à y concourir selon leurs facultés et donner la preuve de leur zèle et dévouement à la chose publique ». On reste encore une fois surpris par le caractère insolite de la démarche du district et encore davantage sur ses attendus s’agissant de la ville la plus ouverte au négoce du département. Quant au caractère désastreux de la récolte rien ne le corrobore vraiment, aucune plainte n’ayant été présentée au district pour cause de calamités.

III - UNE TENSION PROGRESSIVE AVANT L’AGITATION DE l’ÉTÉ 1791

 A - L’été et l’automne 1790 sont une période de calme peu perturbé par des incidents assez bénins.
Le 19 août, les autorités signalent un enlèvement de grains par les habitants de Saint-Capraise qui interceptent une partie d’une cargaison venant de Lanquais à destination d’un boulanger de Bergerac. Le district rappelle la loi sur la libre circulation des grains et convoque le maire qui se présente le 30 avouant son impuissance « à cause de la dispersion des habitants de leur communauté ». Il lui est sommé de faire rendre les grains dans les trois jours et de désigner les coupables. S’il n’y parvient, il dressera…procès- verbal. C’est ce qu’il advint puisque le 4 septembre le directoire estime que les coupables doivent être punis selon la rigueur des lois et transmet aux tribunaux.

B - L’hiver et le printemps sont dominés par les escarmouches liées à la question religieuse
1 - L’affaire des vicaires de Bergerac.
Alors que le trésorier venait d’alarmer les autorités sur le fait qu’il n’y avait  pas « en trésorerie de quoi payer les ecclésiastiques puisqu’on a que 3000 livres et suggérait un certain nombre de mesures à prendre, le 3 janvier le procureur syndic dénonce «  les procédés scandaleux et la conduite séditieuse de MM Chrétien, Dutard et Record, vicaires de cette ville, procédés scandaleux qui annoncent et des esprits dangereux et de mauvaises intentions (cahier) « Ils se sont présentés devant le trésorier qui leur a demandé, pour les satisfaire une ordonnance du département. Comme ils en sont d’évidence dépourvus, ils manifestent de façon bruyante leur colère « L’un d’eux, M. Chrétien, ajouta qu’il cesserait l’exercice de ses fonctions et ne donnerait aucun secours aux malades fussent-ils à l’agonie ». Il semble qu’ils s’étaient en outre fait accompagner de pauvres qui attendaient leur aumône et auxquels ils proclament « que n’ayant point reçu d’argent ils ne pouvaient leur en donner ». « …IL est clair, conclut le procureur, qu’ils avaient médité cette scène et qu’en amenant cette foule de pauvres à leur suite, ils cherchaient à ameuter le peuple et le porter à quelque excès ». Faute grave ? assurément ! Seront-ils punis : non on considèrera leur faute avec indulgence à la condition qu’ils accomplissent leurs fonctions, faute de quoi leur traitement sera supprimé, et qu’ils les rendent responsables de tous les troubles que pourrait occasionner la suspension volontaire desdites fonctions. Convoqués devant le directoire le 11 janvier ils reçoivent officiellement le procès-verbal des faits et la sommation qui l’accompagne.

2 - C’est le 10 février qu’apparaît la lettre de l’évêque de Sarlat. A cette date il ne semble pas que les prestations de serment aient débuté. En tous les cas éclate à Saint-Laurent-des-Bâtons une émeute que dénonce le 14 devant le district le commandant de la garde nationale, le chirurgien Bézenac qui met nettement en cause le maire. L’affaire est assez grave pour être renvoyée devant le département. Elle revient devant le district le 15 mars où les officiers municipaux et le maire sont convoqués et à nouveau le 4 avril. On y voit le curé son prône achevé sommé de prêter le serment, la loi ayant été affichée le dimanche précédent soit le 7 février. Il répond «  qu’il n’était point obligé de lire sa condamnation, que s’il quelqu’un voulait lire la loi il en était le maître ajoutant qu’il préférait de perdre son traitement, sa fortune et même la vie s’il le fallait que de prêter le serment, sa conscience ne le permettant pas. Comment, dans ces conditions un des assistants put-il prétendre que le serment avait été lu ? Son affirmation provoqua la réaction violente d’une douzaine de femmes proclamant qu’elle ne voulait pas du serment. Le désordre se poursuivit hors de l’église avec pour cible le commandant de la garde nationale. On évoque désormais une quarantaine de femmes parmi lesquelles on reconnaît des proches du maire, famille ou employées.

La deuxième partie de l’affaire concerne le maire. Quand le conseil se réunit après les vêpres, le maire arrive muni d’un procès-verbal qui souligne le refus du serment par l’ensemble de la paroisse. Les officiers municipaux et surtout le procureur refusent la version et maintiennent que le refus n’est que le fait d’une douzaine de femmes. Excédé Bézenac se rend au directoire. Des rumeurs de nouveaux désordres s’annonçant pour le dimanche suivant, on demande au maire de convoquer la garde nationale, ce qu’il refuse. Une nouvelle réunion du conseil et le maire revient de nouveau avec un procès-verbal reprenant sa version inscrite cette fois sur les registres municipaux.

En somme, il est clair que le maire a tenté de couvrir les menées des coupables proches de lui, situation assez compréhensible quand on sait que le curé loge chez le maire.

On ne repère aucune suite de l’affaire.

3 - Le 3 mai, éclatent à Bouniagues des troubles à l’occasion de l’installation du nouveau curé suite à la fusion de 2 paroisses. La municipalité est dénoncée pour son inaction.

4 - Autrement plus grave se produit au Fleix une sédition : la Sac dénonce le 30 mai l’apparition de potences. la situation apparaît assez grave pour que d’importantes forces de l’ordre soient requises pendant l’enquête : la garde nationale de bergerac et la gendarmerie « pour en imposer aux malveillants et les contenir par la force ».

5 - Au rang des troubles, on peut ranger le conflit qui oppose les deux curés de Bergerac, figures du bon et du mauvais prêtre : Lasserre, jureur qui tente de prendre possession de sa cure quand son prédécesseur le réfractaire Gontier de Biran lui crée les pires tracas. « Tous les bons citoyens gémissent la façon dont M Gontier agit envers monsieur Lasserre ». Celui-ci  « mettant en pratique les principes de notre divin maître souffrirait toujours et ne se plaindrait jamais mais nous ne devons pas permettre qu’on abuse de son esprit de charité et nous devons dès qu’il s’occupe aussi peu de lui et qu’il ne songe qu’à nous édifier en nous prêchant toutes les vertus civiles et chrétiennes veiller à sa tranquillité. Gontier est accusé d’avoir, après 3 semaines encore, les clefs du presbytère et lui et ses gens de braver « l’ange de paix » : Gontier doit quitter le presbytère et toutes les communications avec sa propre maison attenante.

6 - Enfin à la mi-juin, c’est à Eymet qu’éclatent les troubles. Le 17 juin,, le Procureur dénonce. « Des prêtres rebelles, enfants ingrats que la patrie traite avec tant de ménagements, abusant des moyens que notre divine religion met entre leurs mains pour notre édification et notre salut, remplissent de terreur et de crainte les âmes faibles et timorées et tâchent de les porter à opposer une résistance à la loi. Ils pensent, ces insensés, dans le préjudice qu’ils creusent sourdement, de renverses une constitution qui fait leur désespoir. » La municipalité est sommée d’afficher sous 8 jours l’obligation de dénoncer les fauteurs de troubles.

Au total et s’y l’on s’en tient au nombre des faits recensés, il est clair que les questions religieuses tiennent à Bergerac une place plus important qu’ailleurs si l’on exclut Mussidan. Les liens avec la présence protestante sont d’autant plus à prendre en compte qu’ ils se manifestent dans la zone où les réformés sont le plus enracinés (Bergerac,Le Fleix, Eymet…). Il faudrait vérifier qu’il s’agit là d’anciens séminaristes de Périgueux.

C - Un été agité

 1 - Varennes n’occupe dans les délibérations qu’une place mineure. La nouvelle de la fuite du roi est parvenue par Périgueux le 24. Un conseil rassemblant les autorités administratives, municipales et judiciaires s’est constitué qui a envoyé des commissaires dans toutes les municipalités. Or il se trouve que des troubles sont signalés dans deux d’entre elles.

a) Eymet où nous avons vu moins de deux semaines plus tôt se développer : « des potences(qui ont) ont été dressées dans une des places publiques et que lors du départ de cette ville d’un second commissaire envoyé par le directoire hier pour annoncer l’arrestation du roi, ces potences existaient encore. Or sur ces faits la municipalité d’ Eymet est restée totalement silencieuse dans sa correspondance avec le directoire ». Conclusion : il faudrait la sanctionner. Mais on usera « pour cette fois seulement de l’indulgence et de la mise en garde ».

b) Le 28 juin 1791, alors que le conseil est réuni , c’est la paroisse de Flaugeac qui est dénoncée : la municipalité, sans en référer à personne a organisé une escouade d’une soixantaine de personnes « armées de fusils, faux, fourches et autres instruments se serait rendue hier vers les 4h ½ du soir chez M Vaucaucour au lieu de Cluzeau pour forcer ce dernier à remettre les armes ».Offensive infructueuse d’ailleurs : le noble a résisté et les assaillants sont repartis. Conclusion : la faute de la municipalité est lourde et elle est convoquée pour se justifier. « que toute entreprise contre la sûreté des personnes est un délit grave qui mérite d’être puni. Enjoint la municipalité de lui rendre compte ».

2 - question frumentaire

Une affaire mineure se produit à Issigeac « dépourvue de blé », on fait arrêter une cargaison provenant du domaine épiscopal. Le maire demande que ce blé soit vendu de concert entre les fermiers et les autorités municipales. Accord du directoire qui témoigne de la tension déjà constatée dans ce domaine

3 - Le mouvement des métayers se déroule en plusieurs phases

a) C’est d’abord la déclaration générale du procureur, le 4 août « Des gens mal intentionnés ont parcouru diverses paroisses du district pour conseiller aux métayers de ne pas payer aux propriétaires, non seulement la dîme ni même la rêve que les propres avaient accoutumés et st fondés de prélever sur les récoltes en grains en considération des conventions faites.Que ces personnes ne se sont pas tenues à donner ce conseil aux métayers elles se sont portées à menacer les métayers qui paieraient et les propriétaires qui recevraient la dîme et le rêve. Ces mêmes personnes ont plus fait encore : elles se sont transportées à main armée sur divers domaines et ont fait faire en leur présence le partage de récolte entre le propriétaire et le métayer sans égard à la dîme et la rêve. » S’y ajoute la menace de pendaison des métayers trop zélés pour leurs propriétaires.
Le canton de Lalinde semble au cœur du mouvement et il est enjoint aux municipalités «  de prendre sans perdre de temps les informations les plus exactes pour découvrir les auteurs ».

 b) le lendemain, 5 août, se produit l’affaire de Mouleydier qui illustre les propos du procureur.
Une propriétaire, « ladite Babut de Merle ayant fait faire blé fin 1et fait faire le partage de sa récolte en grain à sa grande métairie du lieu de Merle, le 1° août, elle préleva une rêve de 11 pognerées2 de froment sur la portion dudit métayer qu’elle fit porter à son grenier. Quelque moment après, allant entrer chez elle, 15 à 18 personnes, presque toutes armées de fusils dont elle reconnut le nommé Gros, métayer du sr Lamothe à St Agne, Pierre, métayer du sr de Carles, Roudier, Brin , fils de l’ancien métayer de la Bourdette, tous trois habitant St Agne, trois autres habitant le village de Tuilière, paroisse de St Cybard3, et avec eux le propre métayer de la demoiselle ». Sommée de remettre la rêve à son métayer, elle s’exécute. En même temps qu’est rappelée à l’ordre la municipalité dénonce la paroisse de Saint-Agne comme le foyer le plus actif des troubles.« foyer par où ont commencé les horreurs et que dans cette paroisse et dans les environs il a été commis les mêmes vexations, les mêmes violences que chez la demoiselle Babut.

Dénonciation à l’accusateur public des attroupés rendus chez la demoiselle Babut.

 c) 12 Août :
Si nous n’avons pas d’information directe sur la répression, nous avons à travers la délibération du directoire, le 12 août, une information indirecte sur celle-ci. Il s’agit d’examiner la demande que présentent «  les voituriers qui ont transporté les vivres, canons et munitions de guerre à St Agne et dans les environs nécessaires à plusieurs détachements qui s’étaient portés dans ce lieu et s’y étaient réunis pour dissiper les attroupements qui s’y étaient formés avec armes et pour protéger les commissaires tant du directoire que du tribunal qui s’y étaient portés aussi pour commencer une procédure contre les coupables et faire arrêter ceux qui seraient reconnus tels.

Le même jour après avoir rappelé les conditions de la répression à Saint Agne « en appelle à la mobilisation et en particulier à une extrême attention pour empêcher que le tocsin qui est pour les factieux un signal de ralliement et pour les honnêtes citoyens un sujet d’épouvante ne soit sonné dans les paroisses que pour les causes nécessaires ». S’en suit l’interdiction d’en user« même quand ils l’entendent sonner dans les paroisses voisines » et en cas d’usage « ils ne pourront éviter la responsabilité que s’ils prouvent par un procès-verbal qu’une force à laquelle ils ne pouvaient résister s’était emparée de la cloche »

 13 août :
Alors qu’est donc terminée la première vague du mouvement, on entre à la mi-août dans le contexte incertain qui les accompagne. La dénonciation de l’attitude de Faux montre que l’inquiétude persistait, au point que certaines municipalités aient tenté de négocier. Cette commune est fortement critiquée pour avoir formulé le projet de réunir le lendemain les habitants « pour faire des arrangements entre propriétaires et métayers au sujet de la rêve et dîme »
Non seulement le directoire interdit cette réunion mais en appelle à la Garde nationale de Lanquais et de Creysse de se transporter sur la paroisse de Faux avec force suffisante. et si besoin, requérir les municipalités voisines

Il est évident que ces faits ne peuvent prendre sens que dans le cadre d’une étude plus globale du mouvement qui concerne aussi les districts de Ribérac et Mussidan et provoque une vaste mobilisation du Département. : cf chapitre V

Conclusion.

On constate donc une sensibilité particulière du district de Bergerac :

1 - en ce qui concerne le caractère limité des troubles ou de débats sur le paiement par les propriétaires des rentes et l’élection des juges de paix où, à un cas près, les institutions ont fonctionné normalement

2 - Une sensibilité politique particulière marquée par la force de l’affirmation des principes et la mobilisation contre émigrés et réfractaires et un appel à la sévérité voire à la « terreur »(encore faut-il la prendre dans le sens de 1790-91. Encore que pour certains historiens l’emploi du mot montre au contraire que l’esprit qui présida aux violences de l’An II était bien déjà en gestation (cf par exemple Patrice Gueniffey, La politique de la Terreur, Paris, Gallimard, coll Tel,2012).

3 - Sur le plan économique une attention beaucoup plus élevée qu’ailleurs à la question des grains et notamment à l’été 1791 comme le confirment les délibérations des Jacobins.

 

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1 C'est-à-dire tamisé le blé, ce qui augmente la charge qualitative. Cette opération sur laquelle insiste Delpont est un préalable à la mise sur le blé qui est alors dit « marchand »

2 Preuve que le montant de la rente se mesure en sacs qui indiquent sa lourdeur !

3 C'est-à-dire Mouleydier

Références du chapitre 3

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Page 51 : Sur la formation du département de la Dordogne, R. VILLEPELET, La formation du département de la Dordogne, Etude de géographie politique, Périgueux, Joucla, 1908, réédition « reprint » Roc de Bourzac, 1997. Cet ouvrage est très précieux de par sa précision et les nombreuses publications de textes. Il renvoie au dossier passionnant AN,DIV,6 microfilmé

Page 52 : Pour l’histoire de la confédération du Sarladais voir GM, p 257. On verra le rôle de Domme et de Maleville qui fut prépondérant : voir abbé Chanteloube, « Le pays dommois au XVIII°siècle, B.S.H.A.P. IXL, 1939, p289. Pour les villes confédérées il s’agissait de lutter contre »un désordre pire que le despotisme », ce qui montre l’état d’esprit des citadins et le problème des campagnes à la veille du mouvement paysan de décembre-février.

La lettre de Pipaud, fort éloquente, figure en A.N. D XXIX bis, 5, 69, 10

Page 53 : Sur les troubles en Périgord de l’hiver 1790, une série d’études dont

  • - Jean Boutier « Jacqueries en pays croquant » Annales ESC juillet Aout 1979, p 760. A noter à ce sujet la question que pose dans cet article fondamental les termes de « jacquerie » et de « croquant » que récuse notamment Yves-Marie Bercé. C’est un débat tout à fait intéressant. Le terme de « jacquerie » qui s’applique plus aux révoltes médiévales et celui de « Croquant » que l’on brûle d’envie d’employer (j’y ai parfois cédé), terme très péjoratif n’est jamais usité à l’époque de la Révolution. L’autre problème que pose le travail de Boutier est l’évaluation de comportement paysan : l’usage de symboles anciens comme le mai le conduit à le rejeter dans une «  attitude pré- politique », ce qui est discuté ailleurs dans le livre 
  • - A. ADO ,Terre, pouvoir et jacquerie, 1789-94, Société des études robespierristes, 1996 traduit du russe et qui s’inscrit dans la tradition de l’histoire soviétique sur les révoltes française de l’époque Moderne dont l’ouvrage qui a eu le plus d’influence est celui de Boris Porchnev , Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, Paris 1965 qui les interprète sous l’angle de la lutte des classes quand Y-M Bercé y souligne les solidarités rurales face à l’impôt et aux villes.
  • - Hubert Delpon , La victoire des Croquants, les révoltes paysannes du grand sud-ouest pendant la Révolution (1789-1799), Amis du Vieux-Nérac, 2002 qui est une étude très analytique des faits marquée par une approche marxiste originale

 Page 53 : Guy Mandon, GM 253.

Guy MANDON, « Révoltes paysannes, révolution des campagnes »  dans l’Aquitaine révoltée,A ctes du LVI°Congrès d’études régionales de la FSHO, Bordeaux 2014 » où j’ai replacé les mouvements paysans dans leur contexte révolutionnaire large.

J’avais « fabriqué » le terme de « Carnaval de la liberté » dans un très court article du BSHAP de 1987 publié en hommage à Alberte Sadouillet-Perrin. Il a été « subverti » par H. Delpon dans l’ouvrage cité ci-dessus en « carnaval de l’égalité », une interprétation qui ne me paraît pas pertinente : il s’agit de libérer le village de la contrainte seigneuriale. M Combet en a fait le « carnaval des libertés »

Carte

L’intervention de Foucauld de Lardimalie fut publiée dans Le Patriote français de Brissot , numéro 18 de janvier 1790 et suivants. Rappelons la phrase centrale « Ma province est en feu. Les gens sans propriété dépouillent les propriétaires ». Notons que pour Ado (cité ci-dessus) « le véritable initiateur de l’affaire fut le marquis de Foucauld, riche propriétaire de seigneuries en Périgord »

Page 54 : Sur l’affaire Dudon, A.N.N DXXIX, 3 . Il est accompagné des lettres des nobles qui constituent un dossier à la même cote. Voir le Patriote français 209, 5 mars 1790

Page 55 : J Chevé, La noblesse du Bergeracois et la Révolution, Bergerac et le Bergeracois, Actes du XLII Congrès de la FHSO, Bordeaux, 1992, p 395

SAVIGNAC, ADD B831

Page 56 : Lettre Pipaud des Granges :A.N. D XIX, 5, p17

La liste des ci-devant nobles qui protestèrent contre le décret du 19 juin : J Carves, BSHAP XXIII, 1896, compte plus de 80 noms de nobles presque tous titrés. Citons-en un passage « Elle ne tient sa noblesse que de Dieu et de son épée(1) : qu’il n’est pas de puissance sur terre qui puisse dire au noble « tu ne seras plus » : que la noblesse est un moyen ferme sans (2) la monarchie qui ajoute à la majesté du trône en la tempérant par son influence : que si elle a été dans tous les temps l’apui (sic), elle n’a pas moins été utile aux peuples…Qu’il ne fut jamais rien de plus pur que la noblesse dont le Roi est le chef ; qu’enfin c’est pour la conserver sans reproche comme sans tâche que la dégradation a été toujours la première et la plus flétrissure »

Pour les districts, extraits des délibérations ci-dessous.

Pour le déracinement de la noblesse. G Mandon, « Châteaux et châtelains à l’heure de l’agitation égalitaire (1789-1792 Noblesse et Révolution. Les cahiers de Commarque, Ol Cantou, le Bugue, 1991

Page 57 : Sur le 14 juillet des campagnes du Périgord, G. Mandon, le 2°été de la Révolution en Dordogne, BSHAP CXLV, 2018, p

Page 61 : Sur les débats pour la formation du département, les archives de Bergerac, musée du tabac conservent au fonds Faugère, les correspondance de Gontier de Biran et La Roque de Mons députés. A nouveau il y a beaucoup à trouver dans Villepelet, La formation du département de la Dordogne, cité ci-dessus

On verra ci-dessous la carte des 9 districts. Pour mémoire :Périgueux, Sarlat ,Bergerac, Mussidan, Belvès , Nontron, Excideuil, Ribérac. carte

Page 62 : Sur le débat concernant les districts et le choix de leur nombre, voir le texte cité par Villepelet, Formation du département …p 41

Page 63 : Pour les relations des trois commissaires du roi (un par ancien ordre et par ancienne sénéchaussée (POUR Sarlat l’évêque Ponte d’Albaret, pour Périgueux, la Roque (famille d’Arlot celui-ci), pour Bergerac Gouzot du tiers-état. Pour les problèmes électoraux, l’intéressant diplôme de Laurence de Miguel, Participation et pratiques électorales en Dordogne (1790-92), dactylographié, Paris I, 1989-90 fondé sur ses recherches aux Archives nationales. Ce diplôme a été déposé aux Archives départementales de Périgueux.
Liste des électeurs du département de la Dordogne, Périgueux,BMS , fonds Lapeyre
Pour les élections des électeurs on trouve un intéressant dossier pour Nontron : ADD 7L32

Page 64 : Pour les élections des administrateurs, ADD, 1L352

Page 65 : H. LABROUE, la Société populaire de Bergerac pendant la Révolution, Paris, Société d’études de la Révolution française, 1915 présenté par ordre chronologique, ici 15 mai 1790 .
Les archives départementales possèdent le registre des délibérations des Jacobins (ADD 12L13) d’abord Société des Amis de la Constitution puis sous diverses dénominations jusqu’au printemps de 1794 (An II). De larges extraits en seront publiés dans ce site.

Page 66 : Pour le 14 juillet, la célébration par les électeurs et 1L352. G Mandon, « le deuxième été », cité ci-dessus
Pour les affrontements à Périgueux entre jacobins et mairie : lettre de la garde nationale a l’Assemblée AN D 64.
Pour les délibérations de la municipalité de Périgueux, E Dep 5201 repris dans l’article qui sera consacré à l’histoire de Périgueux

Page 68 : Pour la liste des sociétés en Dordogne et les remarques concernant leur densité dans le sud-ouest de la France : J Boutier, P Boutry, S Bonin,Atlas de la Révolution française, 6 –les sociétés politiques .Paris,EHESS, 1992, pp 102-103 et 109

Page 69 : Lettre de demande d’affiliation ADD 13L12, 1.Pour le reste de ce paragraphe, même dossier, les délibérations dans l’ordre chronologique

Page 70 : extraits ci-dessous

Page 71 : Population de la Dordogne. La question de la population en Dordogne soulève un certain nombre de questions : celles-ci sont notamment liées à la faiblesse des résultats enregistrés de 1806, premier recensement dont la fiabilité n’est pas contestée et qu’a étudié JP Poussou, Bordeaux et le Sud-ouest au XVIII°siècle, croissance économique et attraction urbaine, Paris, EHESS, 2°partie, Ch 1. La vraie question est que la nouvelle administration de la Dordogne évalue nous l’avons vu à 483 000 en 1791, quand le recensement de 1801 est de moins de 410 000 et 1806 424 000 habitants Dans Atlas de la révolution française tome 8 population, Bernard Lepetit et Maroula Sinarelis proposent (p 69) de corriger les chiffres (tableau ci-dessous). Il reste cependant un recul démographique sévère que, malgré les épidémies de 1791-1792, on peine à justifier avant 1794. Aucun déficit des récoltes, même s’ils existent, ne permet d’éclairer ce recul. La carte de l’Atlas cité ci-dessus, p36 fait d’ailleurs de cette dépression démographique une caractéristique de la moitié Nord-ouest-Sud Est de la France.

La Population de la Dordogne

Estimation Pointeville

Nb corrigé

Résultats bruts

Corrigés

1791

1791

1801

1801

Dordogne

483 527

478.000

409 475

423 000

France

27 400 151

28 260 000

37 349 003

28 159 000

% Dordogne /F

1,7

1,6

1,5

1,5

Diff1801/1791

478-423

55 000

-11,5%

Page 73 : Les évènements cités ont pour source le registre des délibérations du district de Périgueux, ADD 8L 9, pour Bergerac 3 L 9, Montignac (5L13)Sarlat(10 L 3)

Pages 74,75 Périgueux 8L9

 

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Note 1 :  Mais pas du roi ! Manière de ne reconnaître de vraie que la noblesse d’épée. Le texte porte les marques de la conception traditionnelle de la monarchie
Note 2 : Il semble qu’il faille lire »sous »

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